Côte d’Ivoire : Les  femmes porteuses de fistule obstétricale retrouvent l’espoir

Côte d’Ivoire : Les femmes porteuses de fistule obstétricale retrouvent l’espoir


Date: May 26, 2015
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Abidjan: Chaque année dans le monde, entre 50 000 et 100 000 femmes présentent une fistule obstétricale. En Afrique et en Asie, plus de deux millions de jeunes femmes vivent avec cette complication non traitée. Ces femmes vivent le plus souvent dans la pauvreté, condamnées Á  l’isolement social. Marginalisation et stigmatisation sont leurs dures réalités quotidiennes. La fistule obstétricale ou la maladie de la honte reste un exemple frappant des inégalités de santé dans le monde. A l’instar de la dynamique mondiale de lutte contre la fistule obstétricale, la Côte d’Ivoire a fait des progrès en termes de chirurgie réparatrice, d’aide psychosociale et de réinsertion socio-économique des femmes qui en ont longtemps souffert.

Les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) montrent que 10 femmes sur 1000 décédées des suites d’un accouchement dans les pays en développement, succombent des suites d’une fistule obstétricale, résultante dramatique d’accouchements non assistés.

Les fistules obstétricales sont des lésions qui surviennent en général après un travail d’accouchement difficile, prolongé et effectué sans assistance médicale. La femme porteuse de fistule n’arrive plus Á  retenir sa vessie et dégage en permanence une odeur d’urine ou de matières fécales. « J’ai eu mal au ventre pendant deux jours. Je ne pouvais pas accoucher. Le médecin a expliqué Á  mes parents que l’enfant était gros et que sa tête exerçait une pression sur les parois de ma vessie. Le médecin a dit Á  mes parents que la pression exercée par la tête du bébé sur ma vessie n’était pas bonne et qu’il fallait pratiquer une césarienne pour me délivrer », raconte une trentenaire qui vit avec une fistule. « C’est après cette intervention chirurgicale que j’ai constaté, quelques semaines, plus tard, que j’avais des coulées d’urine en permanence. A mon réveil, le matelas était constamment trempé », ajoute cette femme qui souffre ce martyr depuis plus de cinq ans.

Beaucoup d’Ivoiriennes qui en souffrent sont victimes de rejet social. Elles sont traitées comme des parias et confrontées Á  des regards méprisants et déshumanisants au sein de leur communauté. Comme toutes ne disposent pas de couches pour adultes, elles utilisent des morceaux de pagnes et de camisoles pour absorber l’urine. Vu l’odeur qui se dégage d’elles, elles n’osent pas s’aventurer hors de la maison pour ne pas indisposer leurs proches. Leurs maris sont malheureusement souvent les premiers Á  les rejeter, surtout Á  l’instigation des belles mères qui encouragent leur fils Á  abandonner une femme considérée comme «sale » quand elle n’est pas « maudite » ou « d’envoÁ»tée ». Ces femmes sont donc condamnées Á  une mort sociale Á  cause des préjugés entourant cette maladie.

Heureusement qu’il existe des organisations non gouvernementales (ONG) qui s’activent Á  sortir ces femmes de la prison sociale où elles se retrouvent enfermées. Génération Femme du 3e Millénaire (GFM3) par exemple existe depuis 2004, Å“uvre pour le bien-être économique et sanitaire de la femme et de l’enfant en milieu rural. Cette organisation féminine ivoirienne se pose comme organisation avant-gardiste et leader dans la lutte contre la fistule obstétricale. « C’est autour de 2005-2006 alors que nous faisions de la sensibilisation sur l’excision dans un village de Man Á  l’ouest du pays que nous avons rencontré une femme malade et mise Á  l’écart du groupe qui venait nous accueillir. Je suis allée voir le chef du village qui m’a dit que cette femme était une sorcière, une femme infidèle et que c’est Á  la suite d’un accouchement qu’elle eu cette malédiction. Et qu’il fallait la laisser comme ça. En tant que femme, j’ai été touchée…C’est ainsi que nous avons été appuyés par le Fonds des Nations-Unies pour la Population pour faire de la recherche sur ces femmes qui avaient honte de se montrer. Nous avons réussi Á  mobiliser des malades et les avons menées Á  l’hôpital. Et pendant deux ans, nous avons enregistré 582 cas de femmes porteuses de fistules qui ont été prises en charge au Centre Hospitalier Régional de Man », raconte Honorine Véhi, présidente de GFM3. Selon elle, la prise en charge médicale s’accentuera par la suite grâce Á  un appui du FNUAP, en collaboration avec le ministère ivoirien de la Santé et de Lutte contre le Sida.

Cet engagement des Nation Unies, Á  travers le FNUAP, a démarré en 2003 par une vaste campagne mondiale lancée avec ses partenaires dans le but de rendre la fistule aussi rare dans les pays en développement que dans le monde industrialisé. Le FNUAP est actif dans plus de 50 pays en Afrique, en Asie, dans les Etats arabes et en Amérique latine et travaille avec plus de 75 organisations partenaires Á  l’échelle mondiale mais aussi avec d’autres au niveau national et communautaire. Depuis que la campagne a commencé, le FNUAP a soutenu directement plus de 27 000 femmes et jeunes filles pour leur permettre de bénéficier d’un traitement chirurgical pour réparer la fistule obstétricale.  Le FNUAP en est Á  son sixième programme de coopération avec le gouvernement de la Côte d’Ivoire. Initialement prévu entre 2009 Á  2013, cette coopération a été étendue jusqu’Á  2016.

La prévention et la prise en charge de fistules obstétricales occupent une place de choix dans le cadre de ses interventions. Ainsi le ministère de la Santé et de la Lutte contre le Sida, en collaboration avec le FNUAP et avec l’appui financier de l’Agence de Coopération Internationale de la Corée (KOICA), applique depuis 2012, un projet de prévention et de prise en charge des fistules obstétricales dans le centre, le nord et l’ouest de la Côte d’Ivoire.

Ce projet tourne autour de deux grands axes. D’abord, le renforcement des capacités opérationnelles des neuf centres cibles et des compétences techniques des prestataires de santé pour la prise en charge des patientes porteuses de fistules obstétricales. La chirurgie réparatrice demeure la solution au calvaire de ces femmes. Le gouvernement ivoirien a réussi Á  négocier une prise en charge qui est gratuite dans certains centres. LÁ  où lʼopération coÁ»te entre 400 000 FCFA (environ 663 dollars américains) et 600 000 FCFA (environ 995 dollars américains) selon les cas, au Centre Hospitalier Universitaire(CHU) de Treichville Á  Abidjan. Et au CHR de Man, la maladie est prise en charge gratuitement grâce au FNUAP qui offre un plateau technique et forme progressivement les médecins. Une centaine de femmes suivent régulièrement un traitement dans le centre de Man, indique le Dr Bilé Kouamé, gynécologue obstétricien et expert national en fistules. Une caravane sillonne même plusieurs localités du pays pour identifier les femmes qui en sont porteuses.

Cette chirurgie réparatrice connaît un franc succès puisque des patientes ont retrouvé leur dignité, de même que le goÁ»t de vivre. Leur calvaire relève désormais du souvenir.

L’autre axe du projet est la mobilisation communautaire afin de réduire l’influence des facteurs favorisant les complications Á  l’accouchement et l’apparition des fistules obstétricales et la réinsertion sociale des ex-porteuses de fistules Á  travers un appui pour la mise en place d’activités génératrices de revenus.
En novembre 2014 Á  Séguéla, au centre de la Côte d’Ivoire, 25 femmes qui souffraient autrefois de fistules obstétricales soignées gratuitement, ont reçu de coÁ»teux kits afin de les aider Á  démarrer des activités génératrices de revenus. Et ce, dans le cadre de leur intégration sociale et économique après qu’elles aient été rejetées par leur époux et leurs familles.

Il est clair que la Côte d’Ivoire a pris l’engagement de lutter contre ces complications post-natales. Si des efforts sont faits pour éliminer cette complication dite de la honte, il n’en demeure pas moins que des problèmes subsistent, entre autres, l’accès universel aux services de santé sexuelle et de la reproduction, des inégalités fondées sur le genre, l’absence de structures sanitaires de proximité en zones rurales pour ne citer que ceux-lÁ  et qui devraient être résolus en amont. Tout cela pour dire que le gouvernement ivoirien n’est pas au bout de ses peines.

Augustin Tapé est journaliste radio en Côte d’Ivoire. Cet article fait partie du service d’information de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles Á  l’actualité quotidienne.


One thought on “Côte d’Ivoire : Les femmes porteuses de fistule obstétricale retrouvent l’espoir”

BLo says:

je suis un étudiant en master1de recherche à l’Université FHB et j’aimerais axé ma recherche sur les femmes atteintes de cette maladie.Pour cela je souhaiterai entré en contact avec la revue si c’est possible.

Comment on Côte d’Ivoire : Les femmes porteuses de fistule obstétricale retrouvent l’espoir

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