Le nouveau gouvernement en RDC: rien que 14% de femmes


Date: February 23, 2015
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Kinshasa, 23 février: Dans les rues mouvementées de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC), la nouvelle était sur toutes les lèvres. Si le très long suspense a été levé par rapport au nouveau gouvernement, pour la Congolaise ce fut une grosse déception.

Attendu depuis plus d’une année, le gouvernement de cohésion nationale devait être l’émanation des recommandations de concertations nationales tenues Á  Kinshasa Á  la fin 2013. Et lors de ces concertations, la femme était présente et très engagée. Dans chaque commission et groupe de travail, la femme avait au moins une place. Certains groupes de travail étaient même dirigés par des femmes. Et selon les recommandations des travaux, l’ossature du gouvernement souhaité par tous et promis par le chef de l’Etat devait entres autres prendre en compte la représentativité de la femme Á  une échelle de 30%. Mais Á  la place, le nouveau gouvernement ne compte que sept femmes, trois ministres et quatre vice-ministres sur les 47 qui constituent la nouvelle équipe, soit seulement 14,8% de femmes ministres.

Quelques femmes ayant pris une part active aux travaux des concertations de 2013 se disent déçues et préfèrent s’abstenir de commentaires. D’autres sont en colère et se disent que pour les hommes, les femmes ne sont bonnes qu’Á  applaudir.

On prend les mêmes hommes et on recommence, estiment certaines, la mort dans l’âme. Dans les milieux politiques, la critique est sévère. Angel Makombo, combattante et icône dans la lutte contre les violences basées sur le genre et présidente nationale de la Ligue des démocrates congolais, parti politique de l’opposition, estime que la parité sera malmenée en RDC car cette notion apparait de plus en plus comme un slogan creux, un objectif lointain et insaisissable. Angel Makombo appelle ainsi Á  la rectification du tir de la part des hommes qu’elle qualifie de «faiseurs de ministres ».

Dans les milieux des femmes évoluant dans les médias, deux d’entre elles réagissent. Esther Abedi Malu, journaliste et directrice générale de la Télévision Africa TV, émettant Á  Kinshasa et ses environs, femme engagée dans des associations et des organisations non gouvernementales militant pour la cause féminine, considère pour sa part qu’il s’agit bien d’un manque de volonté politique et d’un manque de respect des engagements pris lors des concertations nationales.

Brigitte Mopane, journaliste et coordinatrice de la coalition C-Change, regrette qu’il n’y ait pas eu de changement majeur pour ce gouvernement. Selon elle, cette situation est déplorable du fait que les femmes ne sont pas chefs de partis. De ce fait, elles subissent la volonté de leurs chefs qui sont des hommes. «On aurait souhaité qu’elles soient titulaires de ces postes au lieu de toujours jouer un rôle de second plan ».

Les hommes, analystes politiques pour la plupart, croient comprendre Á  travers ce nouveau gouvernement que deux options ont guidé les choix: celle de la configuration régionale et celle de la configuration politique Á  l’aune de 2016.

Anicet Bassilua, journaliste et professeur d’université, pense que la sous représentation de la femme est justement due au fait que le gouvernement semble être un gouvernement pour la préparation des prochaines échéances électorales. «Il fallait de grands noms, c’est-Á -dire des poids lourds politiques, ceux qui vont peser au sein de l’opinion. Or, il s’avère que pour l’instant il n’y a aucune femme chef d’un parti politique influent sur la scène, en tout cas pas du tout de femmes qui présentent ce profil. Croyez-moi, s’il y en avait, Kabila les aurait également choisies parce qu’il se penche également souvent sur la cause féminine. »

Ces femmes qui auraient dÁ» faire partie de ce gouvernement se sentent aujourd’hui diminuées et leur poids politique affaibli par les priorités de politiciens «avares et égoÁ¯stes ». Ce qui sous entend qu’il n’y a pas de grands enjeux les concernant pour l’instant.

Alors que dans de nombreux pays dans le monde, y compris dans notre sous-région, on s’est résolu Á  promouvoir la participation des femmes dans les instances de prises de décision, en RDC, on continue Á  zapper allègrement les femmes. Tenez, les dernières statistiques démontrent qu’il y a aucune femme Á  la tête d’une institution de la République, aucune femme au conseil constitutionnel nouvellement mis en place, aucune femme gouverneur de province. A l’assemblée nationale, il n’y a que 49 femmes sur les 500 députés élus, au Sénat Á  peine six femmes sur 108 sénateurs. Et la liste n’est pas exhaustive !

Que dire de plus ! Sinon s’alarmer du fait que la composition du gouvernement de cohésion nationale permette de tirer des leçons qui doivent interpeller les femmes. Vous pouvez donc constater que la RDC a fait machine arrière au point de revenir pratiquement Á  la configuration de 2006. Et la bataille pour que la Congolaise s’émancipe vient bel et bien d’être relancée. En politique, on ne se fait pas de cadeaux, dit-on.

Comme la RDC est signataire et a ratifié le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement qui demande Á  ses Etats membres d’appliquer la parité d’ici 2015 et que nous sommes déjÁ  en 2015, continuons Á  nous battre pour que la parité Á  tous les niveaux figure Á  l’agenda national post 2015.

Blandine Nzovo est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service d’informations de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles Á  l’actualité quotidienne.

 


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