République démocratique du Congo : Réparer les droits des victimes des massacres pour élever la justice

République démocratique du Congo : Réparer les droits des victimes des massacres pour élever la justice


Date: December 6, 2015
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Kishasa, 6 décembre : De 1998 Á  2015, 17 ans depuis que les massacres de Makobola et de Kasika, pour ne citer que ces deux-lÁ , ont été perpétrés dans le Sud Kivu, Á  l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Plus de 1000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, ont été tuées, certaines femmes ont même été enterrées vivantes, plus spécifiquement Á  Kasika. C’est la plus grande atrocité que le pays ait jamais connu. L’émotion était grande pour tous les Congolais en RDC comme ceux de la diaspora. Cet épisode a fait partie d’une série de massacres de civils commis en RDC entre 1993 et 2003 par l’armée régulière et les troupes étrangères impliquées dans différents conflits dans la région des Grands Lacs africains.

Le tort de ces victimes de Makobola et de Kasika : vivre dans des zones occupées par une rébellion armée Á  l’époque. Leur résistance face Á  l’occupant leur a coÁ»té la vie. Des villages entiers ont ainsi été rayés de la carte de la RDC dans l’atrocité. Les femmes de ces coins du pays restent et resteront Á  jamais témoins de méfaits de la guerre, des conflits armés.

Dix-sept ans après, des monuments aux martyrs ont été érigés en souvenir de ces atrocités, de ces victimes. Lors de la marche mondiale des femmes en 2010, les participants ont marché jusqu’Á  ces endroits de triste mémoire. «J’avais l’impression de revivre ces atrocités quand je suis arrivée devant ces monuments. C’était insoutenable. Je suis convaincue aujourd’hui qu’il reste beaucoup de choses Á  faire pour ces victimes », se souvient Evelyne Luyelo, activiste des droits des femmes basée Á  Goma.
La marche mondiale des femmes de Bukavu, organisée 12 ans après la tragédie, a été un temps fort pour éveiller les consciences aussi bien des Congolais que de la communauté internationale. Des femmes sont venues de partout Á  travers le monde pour soutenir les Congolaises. Les différentes banderoles véhiculant des messages tels que «Plus jamais de massacres et de violences sur la femme », «Nous voulons la paix », «La justice élève une nation » ont certes eu un effet mais beaucoup reste Á  faire.

En effet, 17 ans après, les victimes de ces massacres n’ont toujours pas droit Á  une justice. Les différents accords signés, Á  savoir le dialogue inter-congolais, la conférence sur la paix «Amani » de Goma, n’ont pas réussi Á  faire triompher la justice. Au contraire, les efforts des protagonistes ont davantage été orientés vers l’impunité. Plusieurs personnalités politiques et militaires, pourtant bien identifiées comme acteurs clés directs ou indirects, ont été amnistiées au détriment des victimes.

Les politiciens ont réussi Á  imposer l’oubli comme si aucun mal, aucune atrocité n’avait été commis alors que des communautés ont été déchirées et traumatisées. Et leurs séquelles sont encore perceptibles Á  ce jour. Ces communautés sont l’ombre d’elles-mêmes. Astrid Fuhara une paysanne, se souvient de ces terribles moments: «J’étais ici au moment du massacre. Mon mari et mes enfants ont été tués ici. Je me suis réfugiée en Tanzanie, mais depuis mon retour au pays, je note que la situation de la femme est déplorable. Elle souffre. Je fais l’agriculture mais les cultures ne tiennent plus comme avant la guerre. » A côté de cette souffrance, il y a cette force intérieure qui caractérise la femme congolaise, ce qui a fait dire Á  la Prix Nobel de la Paix, Leymah Gbowee, lors de sa visite Á  l’est de la RDC en février 2014 : «La RDC est le pays de femmes fortes. »

Des voix se sont élevées Á  un moment donné pour demander la mise sur pied d’un Tribunal International pour la RDC. Ce tribunal aurait la charge de juger tous les crimes commis sur le sol congolais avant l’arrivée de la Cour Pénale Internationale en 2002. Mais, ces voix sont étouffées par la machine politique, qui avait déjÁ  accordé l’amnistie aux personnalités politiques et militaires coupables.

«L’amnistie devient amnésie quand le peuple perd le droit de se souvenir », dit-on. Les Congolaises et Congolais sont appelés Á  construire leur futur sur un passé balisé. Cela passe par l’élévation de la justice et le respect des droits humains, le respect de la vie humaine. Cette dernière est la plus grande richesse qu’une nation puisse avoir. A un moment où la RDC comme les autres nations du monde s’engagent dans la campagne internationale pour mettre fin aux violences faites aux femmes, il est important de se souvenir de victimes de Makobola, Kasika, Lwindi, etc.

A la fin novembre 2015, le président Joseph Kabila a annoncé, dans un discours Á  la nation, la tenue prochaine d’un dialogue politique pour gérer la crise du processus électoral en cours. L’appel Á  ce dialogue était déjÁ  sur toutes les lèvres, si bien qu’une certaine opinion a même soutenu que le dialogue est une tradition en RDC. Si tel est réellement le cas, le sort des femmes et des enfants victimes de massacres Á  l’Est de la République entre 1993 et 2003, devrait être au centre d’un vrai dialogue national pour soutenir le processus de justice et de réconciliation qui a toujours souffert dans ce pays.

Anna Mayimona Ngemba est journaliste et présidente de l’Union congolaise des femmes des médias (UCOFEM). Cet article écrit dans le cadre de la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences envers le genre font partie du service d’information de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles Á  l’actualité quotidienne.


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