Fonction publique mauricienne : L’ascension des femmes freinée par la politique


Date: January 1, 1970
  • SHARE:

En effet, ce pourcentage n’est pas le même selon les postes de responsabilités. Pour les femmes, la Fonction publique est comme une pyramide où elles piétinent au seuil des postes clés. Mais certains témoignages démontrent que le seul obstacle à leur ascension aux postes supérieurs est une décision politique.
Et la situation est pire au sein des conseils d’administration de compagnies publiques. Par exemple, à Air Mauritius, compagnie d’aviation nationale, il n’y a qu’une femme sur 13 hommes au sein du conseil d’administration.
 
Comment peut-on avoir 43% de femmes dans le ‘middle management’ de plusieurs ministères et seulement 37% d’entre elles à la tête desdits ministères? Tout repose sur le pouvoir décisionnel, à savoir, celui des ministres et sur la décision du Conseil des ministres, qui est présidé par le Premier ministre lui-même.
Après la récente démission de Sanjay Bhuckory en tant que président du conseil d’administration d’Air Mauritius, c’est une femme, en l’occurrence, Premila Roy, qui a été appelée à assurer l’intérim à ce poste. Elle est aussi secrétaire permanente au département des communications extérieures auprès du ministère du Tourisme.
Fonctionnaire depuis plus 30 ans, elle a su et pu gravir les échelons. Mais sa carrière n’a pas été de tout repos. «Cela n’a pas été évident de s’imposer dans un milieu où les hommes sont majoritaires. Quand j’étais encore dans le middle management, c’était dix fois plus difficile. Les hommes acceptaient très mal mes décisions. C’est toujours la problématique quand il y a une autorité féminine ».
Son secret pour réussir? De la patience et un travail sur soi. «On ne naît pas chef de cabinet. Ce sont des responsabilités qui s’apprennent. J’ai donné du temps au temps et j’ai acquis de l’expérience. Et puis, j’ai fait un travail sur moi pour braver ma timidité et réussir à m’imposer».
Même si elle ne le dit pas ouvertement, on peut déduire qu’une décision politique a joué en sa faveur afin qu’elle soit à la «tête» du bâtiment Paille en Queue, qui abrite le siège de la compagnie aérienne nationale.
«Depuis que j’occupe ce poste, je n’ai rencontré aucun obstacle mais c’est très subjectif. J’en ai rencontré dans le passé mais aujourd’hui, c’est terminé», précise Premila Roy. Que signifie «dans le passé»? Sans pour autant discréditer son parcours professionnel, on comprend que l’expression se réfère à ce fameux ‘plafond de verre’ auquel se heurtent les cadres moyens et où les femmes représentent un pourcentage important dans la Fonction publique. Et que pour passer à l’étape supérieure, c’est-à-dire occuper un poste de décision et pouvoir se faire entendre, il doit y avoir une décision politique favorable.
Premila Roy poursuit: « Après tout ce temps passé dans la Fonction publique, la question de genre ne se pose plus. Plus on est jeune, plus c’est dur de se faire entendre. Ce n’est plus un problème pour moi maintenant. Et cela ne me gène pas de voir autant d’hommes dans mon entourage professionnel.  J’y suis déjà habituée. Par rapport aux décisions, c’est sûr que la voix des fonctionnaires hommes prime toujours. Mais, je sens que cela va changer. »
Tant que les femmes ne dépassent pas le niveau du middle management, elles n’ont pas voix au chapitre. Pour preuve, Narvada Beenessreesing, présidente du syndicat du personnel naviguant d’Air Mauritius, que l’on peut considérer comme faisant partie du ‘middle management’. Elle a essuyé bon nombre de tracasseries, y compris la suspension, parce qu’elle a osé critiquer la gestion de la compagnie.
Mais Premila Roy reste optimiste que les choses vont changer: «Grâce à l’effort de plusieurs associations et du gouvernement, il y a eu un réel progrès au niveau de la parité. Dans un futur proche, je suis certaine qu’on verra beaucoup plus de femmes à des postes importants. C’est déjà le cas dans le ‘middle management’. Au département des communications extérieures du ministère du Tourisme, il y a quatre ‘managers’ et trois d’entre eux sont des femmes.»
Une autre femme qui parle et qui fait les mêmes constats : Nirmala Boodhoo qui est depuis deux ans, ‘Senior Chief Executive’ auprès du ministère de l’Agro-industrie. Elle est aussi présidente du conseil d’administration de la Mauritius Sugar Authority, organisme parapublic où l’on aide les ouvriers, les artisans et les laboureurs à participer au développement agraire du pays.
Nirmala Boodhoo a fait son entrée dans la Fonction publique l’année de l’Indépendance, soit 1968. Donc, elle en a vu des choses en 40 ans. Elle sait tout des conditions et des traitements réservés aux femmes fonctionnaires.
 «J’avais beau conseiller et suggérer mais je n’étais pas écoutée parce que je suis femme. Mais de nos jours, je vois que les mentalités changent. Alors que les hommes hésitent à devenir fonctionnaires et choisissent plutôt un métier libéral, on constate qu’il y a un nombre important de femmes dans la Fonction publique. Elles sont maintenant à des postes clés du middle management. Le pays a connu beaucoup de développements depuis son indépendance. Il y a eu une certaine mouvance – peu médiatisée, il est vrai – pour que la Mauricienne soit respectée. La venue des femmes en politique y est pour beaucoup. »
Ce mauvais traitement en raison de son sexe n’est plus qu’un mauvais souvenir : «C’est vrai qu’il y a eu des personnes qui n’ont pas voulu travailler sous mes ordres parce que je  suis une femme. J’ai persisté et je me suis battue seule. Mais je dois dire aussi qu’il n’y a pas eu d’obstacles à mon ascension».  Du reste à la MSA, tout le monde la respecte et ses décisions ne sont jamais contestées.
On a beau dire qu’il n’y a aucun obstacle à l’ascension des femmes fonctionnaires à des postes de responsabilités, le fait brut est qu’elles n’y sont pas nombreuses. Et celles qui y sont parvenues comme nos deux interlocutrices, elles le doivent à une décision ministérielle ou du cabinet.
Et selon certaines informations récentes, Premila Roy aurait démissionné à la tête du conseil d’administration d’Air Mauritius et aurait été remplacée. Ce que la principale intéressée nie. «Rien n’a été décidé jusqu’ici. Je siège toujours sur le conseil d’administration d’Air Mauritius», affirme-t-elle.
A un moment où l’on parle de parité à l’Assemblée nationale, le temps est venu de nommer un plus grand nombre de femmes à des postes clés de l’Etat.
De toutes les façons, les Mauriciens peuvent désormais contester toute nomination qu’ils jugent discriminatoires dans les secteurs publics et privés car ils ont pour eux le ‘Equal Opportunities Act’, longtemps attendue mais votée par la majorité des parlementaires le 16 décembre 2008. Cette législation sanctionne toute discrimination et reconnaît l’égalité pour tous, indistinctement du sexe, de la couleur de peau et de l’ethnie. Qu’ils le veuillent ou pas, les politiques seront obligés d’y adhérer.
 
Les femmes fonctionnaires en chiffres
Selon un rapport du Bureau Central des Statistiques mauricien datant de 2007, il y a 63 094 fonctionnaires à Maurice sur une population d’environ 1,2 millions d’habitants. Parmi ce nombre, 44 561 sont des hommes et 18 533 sont des femmes. Ces chiffres ont d’ailleurs été repris par le ministère de la Femme en 2008 dans un rapport intitulé : «« Statistics in Mauritius: A gender approach ».
Mais dans tout cela, où se situent au juste les femmes fonctionnaires? A 56%, les femmes sont majoritaires au bas des échelons de la Fonction publique. Ce pourcentage concerne les postes d’enseignants, d’instituteurs, de personnel d’hôpitaux ou de centres de santé, d’inspecteurs affectés aux différents ministères, des clercs, des secrétaires entre autres.
Elles ne sont que 43% au niveau du ‘middle management’. Ce ‘middle management’ englobe les postes d’officiers de ministères, de médecins, de professionnels de l’informatique, d’ingénieurs, de juges, de magistrats, de comptables entre autres.
De tous les départements du secteur public, seul celui de l’éducation attire le plus de femmes où elles sont, de loin et à certains postes, majoritaires, soit 49% en tant que maîtresse d’école et assistantes maîtresses d’écoles et directrices de collèges.
37% des postes les plus élevés dans la Fonction publique (directrices, managers, ‘Principal Assistant Secretaries’, secrétaires permanents et ‘Senior Chief Executive’) ont à leur tête une femme. Et pour le poste le plus haut hiérarchiquement dans les ministères, soit celui de ‘Senior Chief Executive’, sur les cinq postes existants, deux sont occupés par des femmes, ce qui fait un pourcentage de 40%.
« Des pays comme l’Afrique du Sud, le Botswana, Maurice et la Namibie ont considérablement progressé dans l’intégration des femmes dans les principaux processus décisionnels de la Fonction publique. L’Ethiopie, le Sénégal et la Tanzanie se situent encore très à la traîne pour ce qui est de la représentation des femmes dans la Fonction publique, avec moins de 20% (…) C’est ce que note un rapport des Nations Unies sur la gouvernance en Afrique datant de 2005.  
« Le Botswana est l’un des rares pays dans lesquels la participation des femmes au processus d’élaboration des politiques, en particulier dans le secteur public, est relativement importante. On compte 1 236 dans les postes décisionnels de haut niveau dans l’administration centrale, soit 40% des effectifs. Ces chiffres sont dus dans une large mesure à des politiques délibérées de promotion de la femme, le gouvernement ayant modifié sept lois au cours de la période 1995-2000 pour éliminer différentes formes de discrimination à l’égard des femmes », indique ce même rapport. Vivement que les politiques mauriciens emboîtent le pas à leurs homologues botswanais!
 
 


Comment on Fonction publique mauricienne : L’ascension des femmes freinée par la politique

Your email address will not be published. Required fields are marked *