Le spectre de la grippe AH1N1 fragilise l’industrie porcine mauricienne


Date: January 1, 1970
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Il y a deux ans, le gouvernement avait en effet soutenu les éleveurs de porc affectés par la fière porcine en leur versant un revenu mensuel dans la fourchette des Rs 4000 à Rs 6000. La Banque de Développement de Maurice avait fini par suspendre les paiements en attendant que l’industrie reprenne ses forces. Sauf que cette fois, malgré la chute dans la vente de la viande porcine, les autorités tardent à offrir un plan de sauvetage aux éleveurs de porcs.
 
Les spécialistes de la santé sont nettement plus inquiets cette fois car le virus de la grippe AH1N1 combine des fragments génétiques d’origine porcine, aviaire et humaine. Sa mutation chez l’homme peut donc le rendre particulièrement dangereux. Sans compter qu’il est contagieux. Au dimanche 24 mai, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait recensé 12, 515 contaminations au virus de grippe AH1N1, dont 91 décès dans 46 pays.
 
Toutefois, il n’y avait aucun cas de contamination confirmé dans les pays de la Communauté pour le Développement de l’Afrique australe (SADC). Bien que le journal «The South African» ait rapporté un cas suspect en Afrique du Sud et qu’un autre cas ait été rapporté au Bénin, ces deux cas ne se sont pas avérés. Plusieurs pays membres de la SADC sont toutefois en alerte et s’équipent pour faire face à toute éventualité.  
 
A Maurice, les autorités ont pris la mesure des choses, surtout au niveau du ministère de la Santé où le Health Director of Services, le Dr Neerunjun Gopee, n’a laissé aucun détail au hasard. Mais malgré les initiatives et les contrôles rigoureux des services vétérinaires et sanitaires, la peur s’est installée peu à peu. 
 
Margaret Govinda, 56 ans, qui élève une centaine de porcs depuis vingt ans à Bassin-Requin dans l’est du pays, vit dans l’insécurité depuis l’annonce du virus qui continue à sévir et qui refroidit les consommateurs  de produits porcins. «La demande des bouchers a considérablement baissé car les restaurants, snacks et charcuteries boudent le porc, de peur qu’il ne soit contaminé. Du coup, nos bêtes qui sont suffisamment engraissées, ne peuvent être vendues. Comme nous avons à les nourrir sans pouvoir vendre leur viande, notre manque à gagner quotidien est de Rs 2000». André, qui exerce comme boucher au marché central, confirme cette «réticence» des consommateurs à acheter de la viande de porc.
 
Margaret Govinda a ainsi vu ses revenus baisser de manière importante. Comme son époux l’aide dans l’élevage des porcs, la vente de ces bêtes est leur unique source de revenus. Le coût de l’élevage de porcs est élevé. Et dans ces dépenses, la nourriture des cochons est un des items les plus coûteux, explique-t-elle: «Comme l’Etat,  à travers ses centres, n’arrive pas à nous fournir de la nourriture qu’il facture habituellement à Rs 250 les 50 kilos, nous devons nous tourner vers le privé. Là, le prix est trois fois plus élevé, soit Rs 600 les 50 kilos. Ce qui revient cher. Et dire que je viens d’acheter Rs 75 000 de nourriture pour des bêtes que je risque de ne pas pouvoir vendre», soupire-t-elle.
 
C’est pour cela que le président de la Fédération des Eleveurs de Porcs, Paul Raya, demande aux  autorités d’accorder aux  éleveurs de porcs une subvention temporaire leur permettant de couvrir l’achat de nourriture. Mais les autorités refusent car elles ont déjà investi Rs 280 millions pour relancer ce secteur après l’épidémie de fièvre porcine qui avait décimé plusieurs bêtes alors que d’autres avaient dû être abattues.  
 
En temps normal de vente, l’éleveuse peut gagner jusqu’à Rs 20 000 par mois, sauf durant les mois d’engraissement des bêtes. En sus des réserves accumulées de ses ventes, Margaret Govinda et son mari doivent faire de petits boulots pour joindre les deux bouts et faire bouillir la marmite. Et cette année, la facture sera particulièrement lourde pour les Govinda car leurs deux fils préparent leurs examens de fin d’études de cycle secondaire.
 
Margaret Govinda espère que la situation s’améliorera bientôt. «Je suis convaincue que si nous essayons de faire comprendre aux Mauriciens que nos porcs sont sains et qu’il n’y a aucun risque de contamination possible au virus de grippe AH1N1 en consommant notre viande de porc, le marché évoluera positivement. Mais je crains qu’à Maurice, du fait que la perception soit plus importante que la réalité, la morosité qui affecte le secteur, dure plus longtemps qu’à l’étranger.»
 
Les fédérations d’éleveurs qui regroupent environ 700 éleveurs de porcs à travers  l’île, en sont conscientes et veulent mener une campagne agressive pour mieux sensibiliser les consommateurs sur l’absence de risques de contamination à la grippe AH1N1 en mangeant de la viande de porc. De son côté, le ministère de l’Agro-industrie a pris quelques mesures dont l’aménagement de bureaux vétérinaires à proximité des porcheries et de bassins désinfectants à coté des élevages.
 
Le pire est que juste avant que le virus de la grippe AH1N1 ne soit découvert, Margaret Govinda avait l’intention d’explorer d’autres avenues de diversification. Son intention était de regrouper d’autres éleveurs de la région et de cibler les hôtels. Le positionnement géographique de Bassin-Requin, soit entre Flacq et Belle-Mare, aurait été un gros atout. «Le virus est venu brouiller les cartes et désormais, il me faudra attendre avant de les concrétiser.» 
 
Il est possible que cela ne soit pas trop tard pour elle car dans le dernier budget présenté le 22 mai dernier par le ministre des Finances, il est dit que le National Empowerment Programme devrait aider à la formation des petits entrepreneurs pour qu’ils innovent et se modernisent et misent sur la transformation industrielle de leurs produits.
 
Les charcutiers ne sont pas épargnés par les séquelles de cette grippe porcine.  Mais leur problème se situe à un autre niveau, soit celui d’une interdiction pesant sur leur source d’approvisionnement.  «Comme nos produits sont certifiés par des normes de qualité très strictes, nous n’achetons pas la viande destinée à la transformation à Maurice. Nous dépendons énormément de l’importation de la cuisse, de la carcasse et d’autres parties du porc pour faire du jambon et des saucisses, entre autres. Nous procédons ainsi non pas parce que la viande de porc locale n’est pas saine mais parce qu’elle ne répond pas à nos critères de qualité. Comme l’industrie porcine locale est fragilisée, pour ne prendre aucun risque de contamination éventuelle, les autorités mauriciennes ont banni depuis un mois l’importation de nos matières premières qui venaient d’Afrique du Sud. Si nous n’avions pas de réserves, le marché du jambon et d’autres produits dérivés aurait déjà subi une pénurie et surtout une hausse importante de prix. Cela ne saurait d’ailleurs tarder», affirme un cadre de la Charcuterie Isle de France.
 
Dans le passé, Paul Raya a écrit au ministère de l’Agro-industrie pour demander d’interdire l’importation de la viande de porc car il considère que «c’est de la concurrence déloyale envers l’industrie locale».
 
Ceux impliqués dans ce secteur ne font pas tous grise mine. La vente des produits de la Charcuterie Isle de France sur le marché local n’a connue qu’une légère baisse: «Notre clientèle est très informée de ce qui se passe et l’hôtellerie, qui reste un de nos principaux marchés, n’a pas réduit sa commande de manière importante car les touristes qui sont très friands de ces produits et de la viande de porc, sont moins inquiets», déclare un responsable.   
 
Comme pour la fièvre porcine, il y a deux ans, l’Etat devra venir au chevet des éleveurs de porcs car leur survie risque d’en dépendre.
 
Jane O’Neil est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.


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