Les femmes garantes de la stabilité politique et de la paix mondiale


Date: January 1, 1970
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Les femmes savent analyser les enjeux et prendre les décisions qui  s’imposent. Ainsi, dans le récent conflit malgache qui a opposé le maire de Tananarive, Andry Rajoelina au président Marc Ravalomanana, une femme a pris une décision capitale qui a évité un bain de sang plus conséquent à Tananarive et a accéléré le départ du président.
 
En effet, le lundi 9 février dernier, Cécile Manorohanta, la ministre de la Défense annonçait sa démission en dénonçant la mort de 28 manifestants tués par la garde présidentielle. Deux cent douze autres personnes ont été blessées lors de ces affrontements. "En cette période de crise politique, je compatis et je soutiens moralement toutes les familles qui ont eu des décès", écrit l’ancienne ministre de la Défense. "En tant que mère, je n’accepte pas cette violence", affirme-t-elle pour expliquer son départ.
 
Ce geste n’est pas anodin. C’est la seule femme membre du cabinet de l’ancien président Ravalomanana. Elle a osé claquer la porte et dire non à son chef.  La politique à Madagascar a longtemps été une affaire d’hommes. De l’amiral Didier Ratsiraka à Albert Zafy, en passant par Marc Ravalomanana pour se terminer par Andry Rajoelina, ce sont tous des hommes qui ont pris les commandes politiques.
 
Ce qui est en net déphasage avec la réalité de la Grande Ile. Car les femmes jouent un rôle d’avant-garde à Madagascar tant au niveau économique, social et culturel. Plusieurs d’entres elles, malgré une pauvreté extrême, dirigent leurs familles contre vents et marées. Avant la chute du régime, 10 femmes siégeaient à l’assemblée nationale sur 160 députés, soit 6,25%. Dix, c’est également le nombre de femmes sénateurs dans une chambre haute qui compte 90 membres, soit 11,11%. Toutefois, les mairesses sont encore peu nombreuses. Elles ne sont que 62 sur 1557 élus à travers l’île, soit 3,98%.  
 
Le régime Ravalomanana a toutefois nommé des femmes à la tête de certains organismes importants comme le Conseil supérieur contre la corruption, MCA-Madagascar, l’Ecole nationale de l’administration ou encore en tant que chef de région. En 2006, une campagne de sensibilisation sur le «miralenta», la parité ou encore l’égalité entre l’homme et la femme dans la prise de décisions au sein du foyer, a été lancée.
 
Pourtant, c’est au niveau du gouvernement central qu’il aurait fallu un plus grand nombre de femmes pour donner un meilleur sens de direction, éviter les abus et surtout assurer une stabilité politique pour laquelle la population paie très cher la carence actuelle.
 
Certains pays l’ont compris et ont relevé la tête grâce à l’influence des femmes. Au lendemain du génocide rwandais de 1994, 70% de la population était féminine. Elles ne se sont pas cantonnées dans des rôles traditionnels de femmes au foyer ou de simples professionnelles faisant leur métier. Bien au contraire, elles ont repris en main la destinée du pays pour assurer un avenir basé sur une croissance économique et une stabilité politique. Elles ont même donné l’exemple, une première au monde, avec 45 sièges acquis par elles sur les 80 fauteuils que se disputaient les 355 candidats en lice pour le dernier scrutin de septembre 2008. Ce qui signifie que 56,3% des membres de la chambre basse est féminin. Il s’agit du premier Parlement où les femmes détiennent la  majorité. 
 
C’est une révolution historique pour le Rwanda, étant donné que le système législatif de l’époque était largement discriminatoire envers les Rwandaises. Cela n’est pas étonnant que les femmes imposent une majorité au sein du Parlement puisqu’elles possèdent les mêmes qualités et disposent des mêmes compétences que les hommes. De plus, les résultats électoraux reflètent bien la démographie du pays. Sur l’ensemble des 4,7 millions d’électeurs, 54,9% sont des femmes contre 45,1% d’hommes.   
 
Malheureusement, l’exemple rwandais est l’exception. Le tableau des élues est ensuite décroissant avec l’Angola (37%), le Mozambique (34,8%),  l’Afrique du Sud (33%), l’Ouganda (30,7%), le Burundi (30,5%) et  la Tanzanie (30,4%). Maurice n’est qu’a 17,14% de représentation féminine au Parlement. Ce qui fait d’elle un cancre car la SADC et les Nations-Unies visent un seuil de 30% de femmes dans chaque Parlement.
 
En 2008, le nombre des femmes  parlementaires dans les législatures du monde a augmenté pour atteindre 18,3% d’élues. Jusqu’à l’an dernier, il existait encore un quart des Parlements dont le pourcentage de femmes parlementaires était inférieur à 10% et  dans neuf Parlements (essentiellement dans les pays insulaires du  Pacifique et les pays du Golfe), il n’y a aucune femme  parlementaire.
 
La corrélation entre la présence des femmes dans les instances de décision et la stabilité n’est plus à prouver. Les pires zones de conflits ou de génocides sont sous le contrôle des hommes. Les exemples du Sri Lanka, de la Birmanie, de certains pays d’Afrique ou encore du Proche Orient le démontrent. Tout comme cela a été le cas dans d’autres pays où il y a eu une dictature à un moment  de l’Histoire comme la Corée du Nord sous Kim Jong Il, les Philippines sous Suharto et Marcos, Haïti sous l’ère Duvalier ou le Chili sous Pinochet.   
Par contre, le courage des femmes comme l’opposante birmane Aung San Suu Kyi, qui prône la non-violence malgré son assignation à résidence depuis 1989, prouve qu’un autre monde est possible. Aung San Suu Kyi, c’est la figure emblématique de l’opposition birmane à la dictature militaire. Elle s’est fait connaître du grand public en recevant le prix Nobel de la paix en 1991 pour ses actions non violentes. Elle est secrétaire générale de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), opposée à la dictature en place. Elle ne peut exercer son activité politique car elle est emprisonnée par la junte militaire au pouvoir. Et pourtant, malgré cela, en 2008, elle fut classée comme la 38e femme la plus puissante au monde par le magazine Forbes.
Les pays qui ont confié les rênes aux femmes ne l’ont pas regretté. Angela Merkel, la chancelière allemande est considérée comme la femme la plus puissante du monde. Comment ne pas mentionner Michaëlle Jean, née à Haïti, qui est aujourd’hui gouverneur du Canada, un des pays où il fait bon vivre au monde. De plus, les Cristina Fernández de Kirchner, présidente de l’Argentine, Ioulia Tymochenko, Premier ministre de l’Ukraine, Michelle Bachelet, présidente du Chili, Gloria Macapagal-Arroyo, présidente des Philippines,  Mayawati Kumari, Premier ministre de l’Uttar Pradesh, Ellen Johnson-Sirleaf, présidente du Liberia, Tarja Halonen, présidente de la Finlande, qui sont, toujours selon Forbes parmi les 100 femmes les plus puissantes du monde. C’est par elles que passeront la paix et la stabilité politique.
 
 
 
 Jimmy Jean-Louis est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service d’opinions et commentaires de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.
 


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