Beby Mahita: une championne de judo malgache devenue comédienne


Date: October 24, 2010
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Il y a quelques années, elle faisait le bonheur de son pays en mettant Á  tous les coups ses adversaires au tapis. Elle, c’est la Malgache Beby Mahita, championne de judo chez les moins de 57 kilos, qui a fait une incursion dans l’art et la culture. Beby est aujourd’hui comédienne Á  part entière et cela lui plait.

Pourtant, cette jeune malgache de 30 ans a eu un parcours exceptionnel et remarquable. Généralement, toute personne qui est championne dans une discipline, la pratique depuis le jeune âge. C’est loin d’être le cas de Beby. Fille aînée d’une famille de quatre enfants, Beby se concentre sur ses études comme le demandent son père qui est professeur d’éducation physique et sa mère qui est professeur d’anglais.

Ce n’est qu’Á  l’âge de 18 ans que Beby se met au judo. Petit Á  petit, elle enchaîne les compétitions. Quand elle termine ses études en 2002, Beby commence Á  dominer le judo malgache. En 2004, elle devient ceinture noire. Un an après, elle décroche sa première médaille d’or au Tournoi International de Maurice. Elle obtient ensuite le bronze aux championnats d’Afrique de 2006, avant de faire honneur Á  Madagascar lors des Jeux des Iles de l’Océan Indien qui ont lieu dans son pays et elle rafle deux médailles d’or. Beby devient alors la porte-parole de l’équipe nationale malgache. En 2008, elle est au sommet de sa carrière et est présélectionnée aux Jeux Olympiques de Pékin en République Populaire de Chine.

En 2009, elle est recrutée par le gouvernement pour enseigner le sport dans les lycées et laisse tomber le judo. Pour Beby, le sport reste un facteur d’intégration sociale mais elle estime néanmoins qu’être sportif comporte beaucoup de difficultés surtout si l’athlète vit Á  Madagascar. «Le potentiel physique est lÁ  mais il faut plus de motivation. Les filles malgaches ne sont pas trop intéressées par le sport, faute de motivations. Le sportif malgache qui décroche une médaille l’obtient par amour et passion qu’il ou elle éprouve pour le sport. Mais au niveau des ressources financières, il/elle ne peut compter que sur lui/elle. J’encourage les filles malgaches Á  faire du sport, tout en étudiant en parallèle. On ne peut vivre du sport. Il faut qu’elles étudient, qu’elles fassent des progrès dans tous les domaines. Le sport est une façon de grimper l’échelle sociale et de mieux intégrer la société, » explique Beby.

L’ancienne championne caresse un projet sur le long terme et c’est celui de faire construire un centre sportif et culturel pour les Malgaches. Si la culture retient son attention, c’est parce que Beby est devenue comédienne. Elle fait du théâtre et le fait bien. C’est dÁ» Á  sa rencontre avec l’homme de sa vie, Daniel Bedos, metteur-en-scène français. Les deux se sont croisés dans un autobus Á  Tananarive en 2009 et depuis ils vivent une belle histoire d’amour.

Beby est membre du groupe Landy Vola Fotsy, qui a obtenu un beau succès au dernier Festival du Printemps des Comédiens Á  Montpellier en France. En sus d’enseigner le sport dans un lycée public Á  Tananarive, Beby enseigne aussi la chorégraphie. Elle trouve dommage que peu de femmes malgaches soient intéressées au théâtre et Á  l’art. «Ce n’est pas forcement de leur faute. Si elles sont mariées, elles sont limitées et n’ont pas le temps de faire ce genre de choses ».

Beby dénonce la violence que subissent les femmes malgaches. «Elles sont victimes de violences de la part de leur copain, de leurs maris et même de leurs pères. Pourtant la femme malgache, c’est une survivante qui se bat pour faire nourrir sa famille et élever ses enfants et qui garde la tête haute. Les femmes malgaches supportent tout. Tout le monde sait quelles violences elles subissent mais personne n’ose en parler. Mais il fait dire qu’elles ne sont pas assez indépendantes. C’est la dépendance au conjoint ou au père qui fait qu’elles soient soumises Á  ce genre de violence ».

Beby pense savoir d’où vient la source du problème. «Les femmes malgaches ne rêvent pas assez. Quand on rêve, on fait tout pour faire son rêve se matérialiser mais si on ne rêve pas, on stagne. J’ai rêvé moi. J’avais beaucoup de rêves quand j’étais jeune fille et j’ai les ai tous réalisés par la grâce de Dieu, » constate Beby.

C’est dans les pièces de théâtre qu’elle dénonce et exprime la douleur des femmes malgaches. Elle fait actuellement un stage chez Herault Sport afin d’apprendre Á  favoriser le développement du sport dans les milieux défavorisés de la Grande ile. Il s’agit de l’utilisation du sport comme facteur de régulation sociale pour les publics en difficulté. «J’ai remporté plusieurs médailles dans ma vie mais il n’y a pas de plus beau trophée que de servir son pays pour une cause juste et honorable. Je crois en les Malgaches, en les femmes malgaches en particulier, en leur potentiel, en leur tolérance, en leur joie de vivre et je compte leur apporter mon soutien pour qu’elles puissent Á  leur tour percer, » insiste-t-elle.

Paul Sophonie est journaliste Á  Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

 


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