Elections en RDC : Angèle Makombo, la seule femme se retire de la course présidentielle


Date: November 8, 2011
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Dans ses différentes interventions Á  la presse, la présidente de la Ligue des démocrates congolais (Lidec), Angèle Makombo Eboum, ne cessait de clamer tout haut, avec un langage rassurant, qu’elle était déterminée Á  briguer le poste suprême lors de l’élection présidentielle du 28 novembre 2011 en République Démocratique du Congo (RDC). Raison pour laquelle, elle a préféré mettre un terme Á  son travail au siège des Nations Unies où elle a passé plus de 24 ans pour se consacrer au redressement et au développement de la RDC, son pays qui, selon elle, avait besoin d’un leadership qui applique un programme solide et réaliste. Mais Á  la clôture des dépôts des candidatures pour la présidentielle au Bureau de réception et de traitement des candidatures, son nom n’a pas été repris sur la liste.

Renseignements pris, la présidente de la Lidec s’est tout simplement retirée de la course présidentielle, cédant ainsi la place aux hommes qui sont au total 10, se réclamant tous de l’opposition et déterminés Á  ravir le fauteuil présidentiel Á  l’actuel président, Joseph Kabila, qui briguera un deuxième mandat. C’est un coup dur pour celles et ceux qui tenaient Á  voter pour une femme.

Le retrait d’Angèle Makombo Eboum, est-ce un aveu d’impuissance dans ce pays où les Congolais ne sont pas encore prêts Á  voir une femme Á  la tête du pays ou bien un repli stratégique?

La première hypothèse est balayée d’un revers de main par la principale concernée. Angèle Makombo Eboum estime que la femme a des atouts. Elle est capable de diriger le pays, surtout que les femmes y sont majoritaires. «Nous constituons 52% de la population. Les femmes sont capables de changer les choses. La femme a une capacité de résistance et non de résignation. Si elle se lève, elle change la face du monde ».

D’ailleurs, renchérit-elle, la Congolaise est performante. Les rares entreprises dirigées par des femmes font de meilleures performances. Les crimes économiques sont rarement commis par des femmes. Pour elle, la démonstration n’est plus Á  faire quant aux compétences des femmes et Á  leur volonté de travailler. « Ce qu’il faudra faire, c’est un changement de mentalités ».

Alors, ce retrait est donc un repli stratégique. A ce sujet, Angèle Makombo Eboum, détentrice d’une maitrise en droit des affaires auprès de l’Université de La Sorbonne Á  Paris, doublé d’un diplôme d’études judicaires délivré par la même université, souligne qu’elle s’est retirée de la course pour préserver l’unité de l’opposition car son parti est de l’opposition. «En tant que présidente nationale de la Lidec et seule femme candidate déclarée Á  l’élection présidentielle, j’ai pris mes responsabilités et j’ai décidé de ne pas accentuer les divisions au sein de l’opposition, » déclare-t-elle, tout en soulignant que dans l’intérêt supérieur de la nation et pour que l’alternance démocratique devienne une réalité en RDC, il est primordial que l’opposition s’unisse autour d’un programme et d’un leader politique capable de redonner au pays la digne place qui lui revient dans le concert de nations. «C’est ainsi que j’ai pris la décision solennelle et mÁ»rement réfléchie de me désister en faveur de Léon Kengo Wa Dondo. J’invite les autres leaders de l’opposition Á  suivre mon exemple et Á  se désister en sa faveur. »

Pour les Congolaises, le retrait de la course présidentielle de l’unique femme candidate constitue tout simplement une déception. Et Léonie Kandolo, membre fondateur et expert du cadre permanent de concertation de la femme congolaise (CAFCO) n’y va pas avec le dos de la cuillère pour exprimer sa déception. «Quand je l’ai entendu avancer ses raisons lors d’une réunion, je me suis demandée pourquoi elle a abandonné son poste Á  l’ONU au moment où on lui avait demandé de solliciter une mise en disponibilité ? Pourquoi a-t-elle tenu Á  démissionner Á  tout prix pour venir postuler comme candidate présidentielle et se désister Á  la dernière minute? C’est incompréhensible. Honnêtement moi, je suis déçue parce qu’il n’y a pas de femme qui se présente Á  la magistrature suprême. C’est un peu dommage pour le combat de la femme car beaucoup de Congolaises se reconnaissent en elle et étaient prêtes Á  la soutenir. »

Malgré cette déception, Léonie Kandolo pense que rien n’est encore perdu. Pour elle, il est possible que la RDC soit un jour dirigée par une femme comme au Liberia. Mais tout dépend de la personne, de son charisme, de son appel et de sa vision. Elle ajoute que les femmes sont prêtes Á  voter pour une femme, mais elles manquent du courage. Par contre, soutient-elle, ce sont les hommes qui ne sont pas prêts Á  lâcher leurs prérogatives. «Nous sommes dans une société machiste, par conséquent la femme doit se battre. »

Le désistement d’Angèle Makombo Eboum Á  la présidentielle de novembre fait aussi se demander si les Congolais sont prêts Á  être dirigés par une femme. Au vu des déclarations des uns et des autres, on est tenté de conclure que ce n’est pas pour demain que la RDC aura une présidente Á  sa tête. Et cela alors que la constitution du pays consacre la parité dans son article 14: «La femme a droit Á  une représentation équitable au sein des institutions nationales, provinciales et locales. Et l’Etat garantit la parité entre hommes et femmes dans les dites institutions. »

En sus de cela, le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement que la RDC a signé, stipule, dans sa section sur la gouvernance, que «Les Etats membres devraient s’assurer que les femmes participent effectivement aux processus électoraux et Á  la prise de décisions par le renforcement des capacités, en fournissant l’appui et en plaçant le genre dans toutes les structures. »

Au vu des évènements, au cours de la prochaine législature, la RDC sera encore dirigée par un homme. Entre-temps, les femmes doivent se préparer pour inverser la tendance. Pour voir si c’est possible, il faudra attendre encore cinq ans.

Blandine Lusimana est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles Á  l’actualité.

 


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