Le destin de 17 détenues sud-africaines entre les mains d’un juge


Date: May 30, 2010
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D’ici le mois d’aoÁ»t, ce juge est appelé Á  se prononcer sur l’injonction logée par Patricia Gerber contre l’Etat sud-africain. Ce qui a motivé Patricia Gerber Á  demander un jugement de la Haute Cour de Pretoria, c’est l’inexistence d’un traité d’extradition entre Maurice et l’Afrique du Sud. Patricia Gerber déplore le fait que son pays n’ait jamais voulu signer un tel traité.

Elles sont 17 Sud-africaines détenues dans les geôles mauriciennes, dont 16 ont été condamnées Á  des peines allant de cinq Á  32 ans et toutes pour des délits de drogue. De toutes les détenues étrangères Á  Maurice, les Sud-africaines sont les plus nombreuses.

C’est le même constat pour les détenus sud-africains qui sont 18 Á  croupir dans les prisons du pays. La majorité d’entre eux ont été condamnés Á  de lourdes peines d’emprisonnement variant entre 10 et 40 ans, toujours pour des délits liés au trafic de stupéfiants.

La situation se complique du fait que l’Etat sud-africain refuse de signer un traité d’extradition pour ses ressortissants condamnés Á  l’étranger. L’existence d’un tel traité permettrait le transfert des détenus de Maurice vers leurs pays d’origine et permettrait aux Mauriciens condamnées en Afrique du Sud de purger leurs peines dans leur pays natal.

L’Afrique du Sud est l’un de deux pays au monde Á  ne pas avoir de traité d’extradition pour ses prisonniers. Patricia Gerber a saisi la Haute Cour de Pretoria pour demander Á  son gouvernement d’exposer les raisons qui l’empêchent de signer un tel traité d’extradition.

Patricia Gerber a non seulement engagé une action contre le chef de l’Etat sud-africain mais aussi contre le ministre de la Coopération et des Relations internationales, le ministre des Services correctionnels et contre le ministre de la Justice et du Développement constitutionnel.

Dans sa plainte, Patricia Gerber invoque la violation des droits de l’Homme et insiste sur le fait que son action ne concerne pas uniquement son fils Johann, condamné Á  neuf ans de réclusion criminelle pour importation d’héroÁ¯ne, mais les droits de tous les citoyens sud-africains qui sont protégés par la Constitution de l’Afrique du Sud.
Et face Á  cette action de Patricia Gerber, l’Etat sud-africain ne semble pas vouloir céder.

La déclaration faite par Dayanand Naidoo des services consulaires du ministère des Relations internationales, indique la position claire du gouvernement sud-africain.
Il explique que les services consulaires sont disponibles pour les citoyens sud-africains incarcérés dans d’autres pays et qu’on ne peut parler de violation des droits de l’Homme ou d’anti-constitutionnalité de la part de l’Afrique du Sud quand elle refuse de signer un traité d’extradition avec Maurice. Port-Louis a toujours été en faveur de la signature d’un tel traité avec Pretoria mais l’acte doit être réciproque.

Parmi les 17 Sud-africaines détenues Á  Maurice, une seule attend encore d’être jugée.
La plus lourde sentence a été infligée Á  Janette Noluvuyo Ntamo, soit 32 ans de réclusion criminelle pour importation de 285.6 grammes d’héroÁ¯ne. Annaline Mouton qui en a importé presque le double, n’a pris que 10 ans de réclusion.

Mais ces différences ou injustices ne divisent pas la petite communauté carcérale sud-africaine Á  Maurice. Elles font face Á  la même injustice: celle de ne pouvoir purger leurs peines dans leur pays, loin de leurs proches. L’une d’elle, Noluvuyo Ntamo, s’est plainte de brutalité des garde-chiourmes et a été Á  maintes reprises admise Á  l’hôpital.

La santé de Phumla Iroegbu, qui a été condamnée Á  14 ans de réclusion criminelle pour importation de 886.4 grammes d’héroÁ¯ne, inspire des vives inquiétudes. Séropositive, elle a dÁ» subir une opération utérine délicate en début d’année et sa famille craint pour sa survie. En fait, elle pense qu’elle va bientôt mourir et que cela vaudrait mieux qu’elle soit rapatriée. Une demande a été faite en ce sens auprès de la Commission de Pourvoi en Grâces, en vain.

Chrisella Shuster a vécu un double drame. En sus d’être arrêtée avec son compagnon pour possession de drogue, ce dernier s’est suicidé en prison et elle n’a toujours pas accepté cette disparition brutale. Son compagnon a laissé une lettre en afrikaans disant ceci: «Je ne peu plus supporter cela ». Il s’est pendu dans sa cellule.

Amanda Van Wyk qui est mère de deux enfants, s’est vue infliger une peine de 20 ans de prison en 2006 pour importation de quelques 1400 grammes d’héroÁ¯ne. Elle menait une vie modeste mais paisible Á  Cape Town avant d’être forcée de transporter de la drogue Á  Maurice.

Malgré sa collaboration avec les enquêteurs, le juge mauricien Paul Lam Shang Leen n’a fait preuve d’aucune clémence, insistant sur le fait que le délit commis est très grave et qu’elle mérite de rester Á  l’ombre, loin de sa famille, dans une prison en terre étrangère pour au moins deux décennies.

Annie Erasmus purge elle une peine de 12 ans de réclusion. Elle est une des rares Á  être impliquée dans une affaire de cocaÁ¯ne et non d’héroÁ¯ne. La police l’a interceptée en 2006 avec 2381 grammes de cette drogue. Elle a collaboré avec la police mauricienne et cela a permis l’arrestation de son contact local, Pen Shing Ip, un ressortissant hollandais, qui a écopé de 30 ans de réclusion.

Sylvia Boniswa Ntaka est celle qui purge la plus petite peine, soit cinq ans de prison. C’est sans doute parce qu’elle a importé la plus petite quantité de drogue sur le territoire mauricien, soit 35 grammes. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle ne vit pas le même calvaire que ses co-détenues. En mars dernier, elle s’est plainte que des garde-chiourmes tabassaient une de ses amies de cellule et elle a tenté de se pendre. Elle a été sauvée de justesse par d’autres détenues.
L’espoir de ces pauvres hères réside désormais en le jugement de la Haute Cour de Pretoria.

Leevy Frivet est journaliste Á  Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

 

 

 

 

 

 

 

 


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