Les employées des compagnies de nettoyage sont exploitées Á  Maurice


Date: June 6, 2013
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Elles travaillent pour le compte de certaines compagnies de nettoyage mais ne savent plus Á  quel saint se vouer. Leurs lamentations semblent tomber dans l’oreille de sourds.

Salaires dérisoires, tâches additionnelles, manque d’équipements, maltraitance…Tel est le lot quotidien des femmes employées par des compagnies de nettoyage et qui sont affectées dans des institutions scolaires. Elles perçoivent un salaire mensuel de Rs 1 500 et peinent Á  survivre.

Véronique, 51 ans, raconte ses conditions de vie. Cela fait deux ans qu’elle est veuve. Cette mère de deux enfants, adultes et mariés, bénéficie d’une pension de Rs 3 500. Toutefois, elle se voit contrainte de travailler comme technicienne de surface pour tenter de joindre les deux bouts.

« Avec ma pension, je ne peux payer que mes factures d’eau, d’électricité et de téléphone. J’ai dÁ» prendre cet emploi pour me nourrir. Ce que je parviens difficilement Á  faire vu le bas salaire que je gagne. Il m’arrive souvent de devoir emprunter de l’argent auprès de proches. Ce qui me fait me retrouver dans un engrenage. Tous les mois, je dois honorer mes dettes et trouver de quoi manger », raconte-t-elle.

De plus, ses jours d’absence sont déduits de son salaire vu qu’elle travaille pour le compte de cette compagnie depuis sept mois. « En fait, cette compagnie change Á  chaque fois de propriétaire. Ce qui fait que nous sommes donc continuellement considérées comme étant de nouvelles employées. Nous devons ainsi Á  chaque fois signer un nouveau contrat. De plus, il nous faut souvent emporter des détergents et produits d’entretien pour travailler. Mais nous n’avons pas notre mot Á  dire sur nos conditions de travail. Vu notre âge avancé, ce sera difficile pour nous de trouver un boulot. Notre employeur le sait et il exploite notre situation sans être inquiété. D’ailleurs Á  chaque fois que nous protestons, nos supérieurs nous disent que nous pouvons partir si nous ne sommes pas contentes », se plaint Véronique.

Rachelle, 47 ans, proteste de son côté contre le fait que des tâches additionnelles leur sont souvent imposées. « Selon notre contrat, nous sommes censées nettoyer les couloirs du collège, qui sont nombreux. Mais maintenant, la direction de l’école nous oblige Á  utiliser le nettoyeur Á  haute pression. Or, nous ne savons même pas nous en servir. De plus, le recteur nous a informées qu’il allait acheter des couteaux Á  mastic pour que nous enlevions des morceaux de chewing gum collés par les élèves sur toutes les surfaces de l’école. On ne peut nous exploiter Á  ce point parce que nous sommes de femmes relativement âgées ! » Elle ajoute qu’elle doit tous les jours nettoyer les vomissures des élèves, ainsi que des Å“ufs cassés dans les couloirs de l’école, les élèves s’amusant Á  lancer des Å“ufs sur leur ami dont c’est l’anniversaire.

Natacha, 55 ans, a pour tâche de nettoyer les toilettes d’un établissement secondaire. Il y a en a trente-cinq ! Elle avoue que si ses conditions de vie n’étaient pas aussi précaires, elle aurait lâché ce boulot depuis belle lurette. « Les toilettes sont presque tous les jours dans un état répugnant ! Les élèves font leurs besoins n’importe où et n’importe comment. C’est ainsi que je dois tous les jours enlever leurs excréments. Il arrive même qu’ils en mettent sur les murs. Je dois alors nettoyer tout cela. Des fois, je craque, tout en nettoyant car c’est très dégoÁ»tant. Me donner toute cette peine pour un salaire de Rs 1 500, cela a de quoi déprimer », lâche la quinquagénaire.

Ces femmes lancent un appel au ministère de l’Education pour qu’il intervienne en leur faveur. Elles sont actuellement soutenues par la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP). « C’est révoltant que ces femmes travaillent aussi dur pour un salaire plus bas que les revenus d’une famille vivant dans l’extrême pauvreté. Ce qui est encore plus révoltant, c’est qu’elles crient dans le désert, vu l’indifférence totale des autorités », s’insurge Reaz Chuttoo, président de ce syndicat.

Radha Rengasamy-Jean Louis est journaliste Á  Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.


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