Les milieux ruraux malgaches valorisent les femmes


Date: June 6, 2013
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La situation des femmes a beaucoup évolué dans plus de la moitié des communes rurales de Madagascar. On y trouve maintenant des femmes plus responsables et plus engagées dans la vie de leur communauté.
A Mitsinjo Betanimena, commune rurale située dans la partie sud de la Grande Ile, les femmes étaient perçues comme des meubles « mous » ; elles n’avaient pas tellement de valeur au niveau de la société. Elles ne devaient pas parler avant les hommes. Ces derniers ne faisaient rien dans la maison et même si les femmes étaient malades, les hommes ne s’occupaient jamais des enfants.
Actuellement, on peut voir des hommes qui collaborent avec leurs femmes et leur prêtent main forte dans diverses tâches, même dans celles considérées comme étant des responsabilités féminines, notamment les travaux ménagers, l’accompagnement Á  l’hôpital quand l’enfant est malade ou même la responsabilité d’emmener l’enfant au centre de soins en cas d’indisponibilité ou de maladie de sa femme.
Ensemble, le couple décide, s’entraide et se concerte, notamment dans la planification familiale. Il est en effet de plus en plus courant de voir un mari et sa femme se rendre ensemble au centre de santé de base (CBS).
De plus en plus de femmes osent prendre la parole en public et prononcer des discours.
Joeline Ranoandro, activiste du genre au sein de la commune de Mitsinjo Betanimena, l’a réalisé. Elle a participé Á  de nombreuses activités pour être parvenue Á  envisager les choses sous un autre jour.
« La plupart des gens pensaient que nous, activistes du genre, gagnions beaucoup d’argent pour ce que nous faisons. Or, rien n’est plus faux », explique-t-elle. Berson Gobelle, un leader dans la commune rurale de Vohipeno, note aussi le changement de comportement des hommes vis-Á -vis des femmes et un nouveau regard sur la place qu’elles doivent occuper dans la société. « C’est du jamais vu, » raconte Berson Gobelle.
Tout ce changement a été possible grâce au projet de base communautaire Santénet2, financé par USAID, appliqué pendant cinq ans. Santénet2 a répondu aux problèmes du pays par une approche qui transforme les relations du genre dans 800 communes rurales où cette organisation travaille en étroite collaboration avec l’ONG locale Dinika sy Rindra ho an’ny Vehivavy (DRV).

Dans ce programme figure l’autonomisation des femmes, la participation constructive des hommes comme élément catalyseur et facilitateur de la prise en charge de la santé familiale et un encouragement Á  avoir des relations équitables et être Á  l’écoute des femmes par rapport Á  leurs problèmes de santé.

Des approches efficaces avec des résultats tangibles car selon l’enquête sur l’intégration du genre, menée par DRV avant le démarrage du projet Santénet2 en 2008 et Á  sa fin en 2013, la connaissance des femmes sur le planning familial a augmenté par 40%. Et deux tiers des femmes sont accompagnées par leurs maris lorsqu’elles se rendent aux CSB. Plus de 90% des hommes participent activement Á  l’achat des emplettes pour la maison.

« Autrefois, la femme avait des enfants comme des lapins. Elle prenait deux enfants Á  la fois: un sur le dos et un dans ses bras ou un sur le dos et l’autre encore dans le ventre et s’occupait de tous les travaux de la maison. Actuellement, c’est l’homme qui fait sa femme se souvenir de son rendez-vous au planning familial », souligne Mamy Tiana Rakotoarimanana, responsable du genre au sein du projet Santénet2.

Elle confirme que la situation s’est beaucoup améliorée dans plus que la moitié de communes rurales de Madagascar. Dans les hautes terres, les initiatives des femmes sont allées plus loin. Comme dans la commune rurale de Milamaina où elles se sont regroupées en association pour venir en aide Á  leurs semblables qui accouchent.

Dans la commune rurale de Mahasoabe, les femmes assument une grande responsabilité au niveau communautaire, Á  l’instar de Pierrette Razanajaza qui assure la gestion du centre d’approvisionnement des médicaments, centre mis en place au niveau de la commune pour approvisionner les agents communautaires en produits de soins.

La vision du projet Santénet2 répond aux objectifs du Protocole de la SADC sur le genre et de ceux de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui souhaite l’égalité entre hommes et femmes dans toute prise de décision et dans les programmes de développement.

Un objectif qui est atteint car toutes les réunions communautaires engagent dorénavant les femmes de ces communautés. En cinq ans, ce projet a vu 12 000 réunions d’évaluation communautaire organisées avec un million de participants et dont la moitié était des femmes. Durant ces réunions, les communautés ont exprimé leurs besoins en matière de santé et ont dit que les hommes et les femmes constituant ces communautés essaient de résoudre ensemble les problèmes auxquels ils font face dans ce domaine.

Fanja Saholiarisoa est journaliste freelance Á  Madagascar. Cet article fait partie du service d’opinions et de commentaires de Gender Links.

 


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