Les violences envers les femmes et filles congolaises ont la peau dure!


Date: September 28, 2010
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Même les officiels, une fois cités dans des cas de violences sexuelles, subissent le coup de la loi telle que prescrite dans les articles 42 et 43. Le premier article dit ceci: «La qualité officielle de l’auteur d’une infraction relative aux violences sexuelles ne peut en aucun cas l’exonérer de la responsabilité pénale, ni constituer une cause de diminution de peine ». L’article 43 stipule que «L’ordre hiérarchique ou le commandement d’une autorité légitime civile ou militaire n’exonère nullement l’auteur d’une infraction relative aux violences sexuelles de sa responsabilité. »

Des lourdes sanctions pèsent également sur des personnes qui commettent des
violences sexuelles Á  l’endroit de femmes et des jeunes filles. Ces peines vont de trois mois Á  vingt ans. S’agissant par exemple du viol, la loi prévoit en son article 170 pour quiconque sera reconnu coupable de viol, une peine de servitude pénale de cinq Á  20 ans et d’une amende ne pouvant être inferieure Á  100 000 francs congolais constants.

Le paragraphe portant sur l’incitation des mineurs Á  la débauche indique dans son article 172 que: «Quiconque aura attenté aux mÅ“urs en excitant, facilitant ou favorisant pour satisfaire les passions d’autrui, la débauche ou la corruption des personnes de l’un ou l’autre sexe, âgées de moins de 10 ans, sera puni d’une amende de 50 000 Á  100 000 francs congolais constants ».

La loi n ° 06/019 du 20 juillet 2006 va plus loin et prend en compte toutes les formes de
violences sexuelles: le viol, l’incitation des mineurs Á  la débauche, la prostitution forcée, le harcèlement sexuel, le mariage forcé, la mutilation sexuelle, le trafic et l’exploitation d’enfants Á  des fins sexuelles. Pour toutes ces violations, des sanctions sont prévues.

La RDC a même signé le Protocole de la Communauté de Développement de l’Afrique australe sur le Genre et le Développement dont l’une des dispositions requiert des Etats membres qu’ils en finissent avec la violence envers le genre d’ici 2015.

Mais force est de reconnaitre qu’en dépit de cet arsenal légal, on n’est pas encore sorti de l’auberge car les violences commises en RDC ne sont pas que sexuelles. Il y a plusieurs autres types de violences telles que physiques, verbales, morales, psychologiques et coutumières qui sont vécues au quotidien et pour lesquelles les lois ne s’appliquent pas comme il le faudrait.

Les victimes n’ont que leurs yeux pour pleurer. Celles qui tentent de dénoncer trouvent rarement pour ne pas dire jamais gain de cause. Pire encore, la société les catégorise comme des femmes insoumises et pour ne pas être mal vues par leur entourage, les victimes de ces violences se résignent et se taisent.

Aujourd’hui, il est normal dans la conception kinoise qu’un homme batte sa femme en public. Certains vont même jusqu’Á  soutenir qu’il s’agit-lÁ  d’une preuve d’amour. Comme l’affirme un proverbe kinois en lingala, l’une des langues nationales parlées en RDC, «kosuana pe kobunda na libala elakisi nde bolingo », c’est-Á -dire «Maman, entendez: les disputes et les bagarres dans le mariage sont des signes d’amour, ma chérie ».

Malheureusement, de tels propos ne font que renforcer les stéréotypes pesant déjÁ  sur la femme congolaise et sont même interprétés dans les chansons par des musiciens congolais de renommée internationale. Propos qui leur ont valu des disques d’or.

Les principales concernées, entendez par-lÁ  les femmes, les chantent et les dansent aussi Á  cÅ“ur joie. Et pourtant les femmes battues, insultées et répudiées régulièrement par leurs maris se comptent par milliers Á  Kinshasa. Marie, (nom d’emprunt) est mère de huit enfants dont cinq sont issus d’un premier mariage.

Après le décès de son premier mari, elle va cohabiter avec un homme. De cette vie commune naissent trois enfants. Tout va bien avec son partenaire. Mais dix ans après, Marie commence Á  vivre un calvaire. Son conjoint devient insupportable: il rentre de plus en plus tard Á  la maison, des réponses sont sèches et méchantes quand elles ne sont pas évasives, il la prive de ration alimentaire et refuse de payer les frais de scolarité des enfants.

Marie va de surprise en surprise. Son mari l’accuse de sorcellerie. «Tu es la cause de mon malheur. Si mes affaires n’évoluent plus, c’est parce que tu m’as ensorcelé. Tu m’as bloqué pendant dix ans. En plus, tu es une sale femme », répétait chaque jour mon partenaire. Ce dernier la soumet Á  des séances d’exorcisme dans les églises mais cela ne sert Á  rien. «Parce que je n’étais pas sorcière », soutient-elle.

Quelques mois plus tard, Marie se rend compte que toutes les accusations de son époux ne sont que des faux fuyants car il a déjÁ  une maitresse qu’il entretient. Aujourd’hui, Marie est répudiée pour cause de sorcellerie sans preuve et sans qu’elle ait de recours. Elle s’est terrée Á  la périphérie de la ville de Kinshasa où elle se loue un petit appartement.

Elle se bat tant bien que mal pour s’occuper de ses trois enfants. Son partenaire a officialisé son union avec sa maitresse, ils ont eu même un enfant.

Annie, 15 ans, est orpheline de mère. Après le décès de sa génitrice, son père se remarie Á  une autre femme. Celle-ci, Á  peine arrivée Á  la maison, traite Annie et ses deux frères de «sorciers ». Les bastonnades, les injures, la maltraitance sont le lot quotidien de ces orphelins. Annie finit alors par fuir le toit parental pour aller vivre chez une grand-mère maternelle.

Le train de vie n’étant pas aussi facile chez sa grand-mère, elle est obligée d’abandonner ses études, d’autant plus que son père s’était rallié Á  la cause de sa femme. Aujourd’hui, pour sa survie, cette orpheline prête main forte aux tenancières des restaurants de fortune dans certains marchés de Kinshasa.

Au nom des us et coutumes, les femmes sont aussi soumises aux violences. Dans certaines tribus de la RDC, lorsqu’une femme perd son mari, elle ne doit ni se laver, ni manger, ni parler Á  quelqu’un jusqu’Á  l’enterrement de son défunt époux. Ce traitement n’est ni plus, ni moins une violence faite Á  la femme.

Comme si cela ne suffisait pas, pour que l’esprit du mari ne hante pas sa veuve, celle-ci doit être «purifiée » par d’autres veuves selon un rituel. Dans d’autres provinces, on va jusqu’Á  choisir dans la famille du défunt, un prétendant qui reprendra la veuve en mariage. La raison avancée pour un tel procédé, c’est pour prendre soin des enfants et de leur mère.

Pour ainsi dire, la dot déjÁ  versée, la femme devient un bien familial. Tous ces traitements dégradants et inhumains prouvent Á  satiété qu’il ya encore un travail de fond Á  faire dans le cadre de la lutte contre les violences faites Á  la femme et Á  la jeune fille congolaises.

En avant plan, les femmes elles-mêmes doivent servir de fers de lance dans cette lutte. Parce que dans bien des cas, elles sont les principales artisanes des violences faites Á  l’endroit de leurs congénères.

Blandine Lusimana est journaliste en République Démocratique du Congo. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

 


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