Libéria: les Ivoiriennes luttent pour leur survie dans les camps de réfugiés


Date: April 26, 2011
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Après avoir laissé son mari derrière elle pour garder leur maison, Philomène Eholi* a quitté la Côte d’Ivoire avec sa mère et ses 11 enfants.

Elle est une des centaines de réfugiées de la Côte d’Ivoire Á  être entrés clandestinement au Libéria et selon la Commission pour les Femmes Réfugiées, elles reçoivent très peu d’attention de la communauté internationale. La Commission des Nations Unies pour les Réfugiés estime que près d’un quart de million de personnes peuvent se retrouver dans la même situation que Philomène Eholi.

La crise ivoirienne a commencé après que Laurent Gbagbo, le président qui était en exercice depuis l’an 2000, a affirmé avoir remporté les élections législatives de 2010, les premières organisées en 10 ans alors qu’Alassane Ouattara avait été reconnu internationalement comme le vrai gagnant de cette joute et que Gbagbo refusait de céder. Cette lutte pour la présidence a engendré une autre guerre civile tragique dans cette région déjÁ  fragile de l’Afrique de l’Ouest.

Cette région est habituée aux guerres et Á  leurs crises de réfugiés en raison de conflits récents en Guinée, au Libéria et en Sierra Léone, pays voisins. La plupart des réfugiés qui ont fui la Côte d’Ivoire ont été des femmes et des enfants comme Philomène Eholi qui tentent de nourrir leurs familles respectives et sont Á  la merci des Libériens qui vivent Á  la frontière.

Philomène Eholi a encore une vingtaine d’années et pourtant, elle a 11 enfants. Alors que son pays était au bord de la guerre civile, elle s’est enfuie en pensant qu’elle serait en sécurité au Libéria.
Pendant qu’une délégation du ministère de la Santé libérienne et du Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) a visité Buutuo – région historique où Charles Taylor avait commencé sa rébellion en 1989 – Philomène Eholi venait d’accoucher d’une petite fille nommée Annie. Et parmi ses 11 enfants, elle a une série de jumeaux qui jouaient avec leur grand-mère alors qu’elle accordait une interview aux médias.

Par le biais d’un interprète, elle a raconté qu’elle survivait Á  la frontière libérienne uniquement par la grâce de Dieu. En sus de la ration alimentaire fournie par les Nations Unies, elle a dÁ» se mettre Á  cultiver la terre pour nourrir sa famille nombreuse et affamée. Son triste sort a suscité la sympathie de la représentante du FNUAP, Espérance Fundira, qui se trouvait Á  Buutuo dans le but de distribuer des médicaments aux réfugiés.

Le sort de Philomène Eholi est commun dans les situations de crise qui font que les femmes deviennent le gagne-pain de leur famille.
Le conflit récemment terminé au Libéria signifie que plusieurs femmes ont vécu la même chose en Côte d’Ivoire et d’autres pays voisins et cette fois, c’est l’inverse qui s’est produit.

La Commission pour les Femmes Réfugiées a appelé les organisations internationales incluant les Nations Unies pour qu’elles expédient l’argent des donneurs et fournissent des services aux réfugiés ivoiriens, notant que « plusieurs de ceux déplacés sont des femmes et des enfants et qu’il y a eu peu ou aucune considération quant Á  leurs besoins spécifiques. »
L’an dernier, c’était le dixième anniversaire de la résolution de sécurité 1325 des Nations Unies sur les Femmes, la Paix et la Sécurité. Cette résolution était le premier document de cette instance internationale Á  traiter explicitement des difficultés rencontrées par les femmes dans des situations de conflits et de post-conflits. Il mandatait aussi l’implication des femmes dans chaque étape du processus de paix.

Cependant, les Nations Unies ont été critiquées pour n’avoir pas pris d’actions plus musclées en Côte d’Ivoire comme elles l’ont récemment fait au Libéria. Cela comprend aussi prendre des mesures pour protéger les réfugiés dans les pays voisins tels que le Libéria.

Dans son livre intitulé «La route de la rédemption », Elma Shaw raconte l’histoire de Bendu Lewis, une Américano-libérienne qui, avec sa grand-mère, a été prise en étau dans un des conflits sanglants de la guerre civile libérienne. Elle a été contrainte d’épouser le général Cobra. Violée, elle a été assignée Á  une unité de soldats.

Elle a accouché d’une fille qu’elle a éventuellement dÁ» abandonner lorsqu’elle s’est enfuie pour retrouver sa famille. Des histoires semblables sont communes dans la région et incarnent le sort des femmes en temps de conflits et expliquent pourquoi celles comme Philomène Eholi fuient au Libéria.

Si les Nations Unies et les agences internationales ne prennent pas des mesures pour protéger et nourrir ces femmes et ces enfants rapidement, un sort similaire ou pire attend Philomène Eholi et les centaines d’autres femmes prises en étau dans cette guerre stupide.

* Nom fictif

Gboko John Stewart est journaliste au Libéria. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

 


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