Maurice: L’information et l’éducation, les meilleures armes contre les inégalités sociales

Maurice: L’information et l’éducation, les meilleures armes contre les inégalités sociales


Date: September 22, 2015
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Port-Louis, 21 septembre: Pour combattre l’exclusion sociale, il faut combattre les inégalités. Et c’est justement ce Á  quoi le Mouvement pour le Progrès de Roche-Bois (MPRB), organisation non gouvernementale établie Á  Roche-Bois, faubourg de Port-Louis, capitale de Maurice, s’attèle depuis 22 ans. Ce faubourg de la capitale a été très longtemps stigmatisé par des fléaux tels que la violence et la drogue qui y faisaient des ravages et plongeaient des familles entières dans une extrême pauvreté.

Nous sommes en 1993. L’éducation n’est pas une priorité pour bon nombre de familles qui y vivent alors que d’autres, dotées d’une volonté de fer, font tout pour s’en sortir et offrir Á  leur enfants un avenir meilleur. Mais comment continuer Á  lutter et Á  avancer lorsque les rares infrastructures de leurs quartiers ont été identifiées par les autorités pour être détruites afin que sur ces mêmes sites, d’autres projets dont ils ne pourront profiter, sortent de terre?

Cette année-lÁ , le conseil municipal de Port-Louis décide de démolir un espace vert, une école maternelle et un terrain de jeu se trouvant Á  côté d’un dépotoir et d’un élevage de porcs avec pour justificatif qu’ils affectent l’environnement et la santé des habitants de ce quartier. A la place, la mairie veut construire un garage municipal. VoilÁ  qui est contradictoire.

Le Mouvement pour le Progrès de Roche-Bois ne l’entend pas de cette oreille et fait pression en demandant que le dépotoir et l’élevage de porcs en question soient transférés ailleurs pour que les habitants du quartier puissent continuer Á  profiter de ces infrastructures. Des marches pacifiques sont alors organisées par ce mouvement pour dire non Á  l’exclusion sociale. Commence alors un véritable combat pour plus de justice sociale Á  Roche-Bois Á  travers ce mouvement qui vient de fêter son 22e anniversaire. Edwige Sivance, directrice du MPRB et membre fondatrice de cette organisation, a depuis consacré toute sa vie Á  l’avancement de ce quartier.

«Pour combattre les inégalités, l’information et l’éducation sont des armes redoutables. Depuis 1993, nous avons fait un beau parcours. On encadre les enfants de Roche-Bois pour qu’ils avancent dans leurs études. Mais pas seulement car nous avons aussi compris que pour que les enfants s’intéressent Á  l’école, il fallait aussi sensibiliser les parents et les éduquer », soutient la directrice.

Dans sa tâche quotidienne, elle est assistée par une équipe dynamique dont Julie Etiennette, son assistante, qui est âgée de 22 ans. «Alors que je naissais, le mouvement prenait son envol. Cela fait quatre ans que je travaille au MPRB, » dit-elle fièrement. Pour elle, l’aventure a commencé Á  la fin de ses études secondaires. Pourtant, travailler pour une ONG n’était pas ce qu’elle avait envisagé comme avenir. «Je venais de terminer mes études secondaires et j’étais Á  la maison et j’attendais une réponse de l’université de Maurice. Un jour, la directrice de MPRB m’a contactée pour que j’aide volontairement les enfants en leur donnant des cours de rattrapage », avance la jeune fille qui ne refuse pas la proposition.

Au fil des jours, elle tombe des nues en constatant Á  quel point ses petits élèves sont lents Á  l’apprentissage. Elle y met tout son cÅ“ur pour les encadrer au mieux Á  l’exemple des autres volontaires qui ont apporté leur aide aux enfants de Roche-Bois bien avant elle. Car depuis 1993, le MPRB a fait de la lutte contre l’échec scolaire son cheval de bataille. Ainsi, trois fois la semaine, les mardis, les jeudis et les samedis, le centre accueille des enfants du cycle primaire autour d’un club de lecture et d’écriture, ainsi que des cours de rattrapages dispensés par des volontaires.

«Dans les écoles de Roche-Bois, le taux de réussite aux examens de fin de cycle primaire étaient en chute libre. Sur une centaine d’enfants, seulement six réussissaient leurs examens. C’est pour cette raison que le gouvernement a classé ces écoles dans les zones d’éducation prioritaire. Et depuis quelques années, nous travaillons en étroite collaboration avec deux maitres d’écoles. Le taux de réussite a augmenté depuis », avance Julie Etiennette.

Et pour aider les parents Á  mieux s’occuper de leurs enfants, le MPRB a mis sur pied une école de parents. Ainsi, les adultes assistent Á  des réunions mensuelles de conscientisation. «Mais tous les parents dont les enfants fréquentent le centre ne se rendent pas aux réunions de façon régulière. Mais les plus engagés viennent », soutient l’assistante.

Mais Á  Roche-Bois, il y a aussi un autre problème qui fait rage. Celui du chômage qui touche particulièrement les femmes. Certaines d’entre elles, victimes de violence conjugale, ne peuvent pas quitter le toit de leur conjoint ou époux car elles ne sont pas financièrement indépendantes. Il n’y a pas que cette raison-lÁ : le simple fait d’habiter le quartier de Roche-Bois dissuade certains employeurs Á  embaucher les femmes de cette localité.

Pour les aider Á  prendre leur vie en main, le Mouvement pour le Progrès de Roche-Bois, en partenariat avec un de leurs parrains, a mis sur pied un programme d’entreprenariat pour ces femmes. Pour le moment, 40 femmes bénéficient de cours taillés sur mesure d’une durée de trois mois afin qu’elles deviennent des femmes entrepreneurs Á  part entière.

«On leur apprend les différentes étapes Á  suivre si elles veulent se lancer dans l’élevage par exemple. Plusieurs autres cours sont aussi dispensés comme la fabrication de savonnettes, la coiffure, l’esthétique, la pâtisserie et l’artisanat, entre autres », confie Julie Etiennette. Pour les encadrer jusqu’au bout, l’association se charge ensuite de les diriger vers d’autres institutions si elles désirent en savoir davantage dans les domaines qu’elles ont au préalable choisis.

Les ONG comme le Mouvement pour le Progrès de Roche-Bois s’avèrent de précieuses alliées pour combattre la pauvreté, la violence Á  l’égard des femmes et bien d’autres inégalités. Loin de vouloir rivaliser avec le gouvernement, ce travail de proximité est complémentaire Á  celui mené par l’Etat et se conforme aux recommandations du Protocole de la SADC sur le genre et le développement qui demande aux Etats membres d’Å“uvrer pour plus de justice sociale.

Laura Samoisy est journaliste Á  Maurice. Cet article fait partie du service d’information de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles Á  l’actualité quotidienne.

 


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