Mon bel et sombre espoir tordu pour 2011


Date: February 3, 2011
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Quand Katy Perry et l’anachronisme qui est Snoop Dog ont chanté Á  propos des Californiennes l’an dernier, le rythme entraînant ne pouvait relever un texte usé. «Nous, les Californiennes sommes inoubliables, avec notre short sexy en denim version Daisy Dukes, notre bikini sur notre peau hâlée par le soleil, tellement chaudes que vos Esquimaux en fondraient, hohoho, ho, hooh . » C’est en substance ce que dit le refrain.

Je ne peux m’empêcher d’y ajouter mon grain de sel. Regardons la réalité en face: une bonne partie de la musique pop américaine a toujours été de mauvaise facture. Le plus étrange est la manière dont le monde l’adore, sans la remettre en question, et c’est pareil dans la région de l’Afrique australe qui a pourtant une riche histoire de musique valant vraiment la peine d’être écoutée.

Le pire est que la pop occidentale continue Á  être un des principaux vecteurs du sexisme, de la misogynie et d’attitudes stéréotypées, un petit cadeau supplémentaire offert au monde.

Oui, la musique populaire a toujours été sexiste, de Tammy Wynette qui rappelait aux femmes qu’elles devaient épauler leurs hommes Á  Jack Jones qui s’est assuré que les femmes connaissent leurs rôles quand il chantait: «Hé, jeune femme. Coiffe toi, maquille toi car il va rentrer bientôt. Ne crois pas parce qu’il t’a mis la bague au doigt que tu ne dois plus faire d’efforts ».
Et pourtant, nous sommes au début de 2011 et au lieu de s’améliorer, les choses semblent s’empirer dangereusement.

L’an dernier, Eminem, «l’Américain blanc fou », a fait un comeback avec une chanson qui ne m’a pas fait l’apprécier davantage. Sexiste jusqu’Á  la moelle, homophobe et avec des textes horribles, le grossier rappeur a réussi Á  enrôler Rihanna, icône de la pop, pour faire l’apologie de la violence basée sur le genre.

La voix obsédante de Rihanna dans la chanson d’Eminem qui a été en tête du hit-parade 2010 avec le titre «Love the way you lie », a été un des standards les plus diffusés sur nos radios l’an dernier. Cette jeune chanteuse d’une vingtaine d’années, elle-même violemment battue en 2009 par son ancien petit ami, le chanteur de Rythm and Blues Chris Brown, donne dans cette chanson l’impression d’être partisane ou du moins d’excuser une telle violence en chantant en duo avec le grand maréchal du chauvinisme masculin.

«Tu vas simplement rester debout et me regarder brÁ»ler mais c’est bon car j’aime la façon dont ça me fait mal », chantait si souvent Rihanna dans les haut-parleurs de mon autoradio et sur d’autres chaînes de radio qu’Á  la fin, j’ai préféré éteindre le poste.

A quoi Eminem réplique au final : «J’en ai assez de ces petits jeux. Je veux qu’elle revienne. Je sais que je suis un menteur. Si elle essaie une seule fois encore de me quitter, je vais l’attacher au lit et mettre le feu Á  la maison. »

Et puis, il y a eu Kanye West, une autre charmante célébrité américaine, connue pour ses coups de gueule enivrés et ses textes tout aussi sexistes.

« A chaque fois que j’entends dire qu’un autre nègre te caresse, j’ai envie de te taper », chante-t-il dans le morceau intitulé «Blame game », extrait de son album «My Beautiful Dark Twisted Fantasy ». «Tu devrais être reconnaissante qu’un nègre comme moi t’ait remarquée, » ajoute-t-il dans cette chanson. VoilÁ  un créatif au niveau vocabulaire, n’est-ce pas ? Une véritable langue d’or.

Il serait trop simple de se dire que ce ne sont que des chansons de qualité médiocre, de la camelote produite en masse, ce qu’elles sont aussi sÁ»rement. Le problème est que c’est ce que semble rechercher la masse et elles caracolent en tête des hit-parades de nos jours.

Et si j’ai entendu le nouveau single lassant d’Eminem tant de fois, j’ai fini par lui préférer les bruits du trafic de Johannesburg. Mais beaucoup n’ont pas fait comme moi. Et même quand on trouve une chanson intéressante Á  écouter sur nos radios et dans nos iPods, on ne peut échapper aux clips douteux, salaces et dangereusement misogynes utilisés pour promouvoir ces chansons.

Dans un monde avec tant de choix, de chaînes de télévisions et de radios, de sites Internet et d’artistes, d’une certaine manière, nous persistons Á  viser le plus faible dénominateur commun.

S’il n’y avait une relation de cause Á  effet aussi claire, cela serait sans grande importance mais ce qui est malheureux, c’est l’idée que la musique est prise très au sérieux et pire, utilisée pour justifier un comportement criminel aussi bien par ses auditeurs que ses fans.

Une étude sur les indicateurs de la violence basée sur le genre menée l’an dernier par Gender Links en Afrique du Sud a révélé que plus de trois quarts des hommes dans ce pays ont admis avoir été violents envers les femmes Á  un moment donné de leur vie. Le fait intéressant est qu’un pourcentage inférieur de femmes a reconnu être victimes de violence (51%).

Cela indique que les hommes n’ont pas peur d’admettre avoir été violents envers des femmes. Ce n’est ni tabou, ni embarrassant pour eux. C’est répandu, normal et peut avoir lieu n’importe où dans la culture populaire, de façon plus notable dans la musique dégueulasse produite par les Américains, le plus souvent associé Á  leurs tentatives d’exporter des produits plus utiles tels que la démocratie et la liberté.

Dans un tel contexte, le beau fantasme noir et tordu de Kanye devient très obscur et effectivement tordu. Car c’est un encouragement et un clin d’Å“il quand cela vient d’une célébrité riche et puissante. Si Kanye et Eminem font l’apologie chantée de la violence envers les femmes, où cela pose-t-il problème ?

Et bien, le problème dépasse celui de cette horrible musique. C’est l’influence de ces chansons qui est dangereuse. Car aussi longtemps que les fans s’accordent Á  la musique pop, ils essaient d’émuler leurs chanteurs préférés. Et tout comme Katy Perry Á  la voix stridente a remis au goÁ»t du jour le short en denim connu comme Daisy Dukes, les textes misogynes d’Eminem assurent aussi que la violence envers les femmes reste d’actualité.

Mon souhait pour 2011 – aussi beau, noir et tordu qu’il puisse être – est que nous puissions retrouver nos esprits et réclamions de la musique digne de notre époque, de la musique venant d’artistes qui prennent l’art au sérieux, de la musique qui fasse le plaidoyer du positif plutôt que du négatif.

Danny Glenwright est un journaliste canadien. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links. Si vous voulez en savoir plus sur la recherche citée, cliquez sur le www.genderlinks.org.za

 

 

 


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