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A première vue, les femmes rapatriées sont en forme. Elles souriaient, tout en ayant le visage marqué par le voyage. La plupart ont essayé de cacher leur visage par des foulards ou encore en mettant des lunettes de soleil pour ne pas être photographiées par les journalistes.
Mihanta est rentrée au pays pour la simple raison qu’après neuf mois de travail, elle n’a pas reçu le moindre sou. De plus, elle ne supportait plus les mauvaises conditions de travail telles que les insultes et les autres maltraitances.
Eugénie n’était plus capable de faire face aux tortures qui lui étaient infligées. «Je ne mangeais pas de repas propre. Je n’avais droit qu’Á des restes. Quant Á mon salaire, c’est toujours difficile de l’obtenir Á la fin du mois », explique-t-elle.
Pour sa part, Vola pense encore aux autres femmes malgaches qui sont encore au Liban. «L’Etat doit faire tout son possible pour rapatrier celles qui veulent rentrer. Entre temps, je crois qu’il est vraiment nécessaire pour elles d’avoir un foyer où se réfugier sur place au cas où elles vivraient des conditions difficiles », souligne-t-elle.
Une forte délégation gouvernementale, dirigée par le Premier ministre de consensus, Albert Camille Vital, de la Haute Autorité de Transition, est venue accueillir les rapatriées du Liban. De l’autre côté du hall résonnaient les cris de joie et les pleurs de bonheur des familles ravies de revoir les leurs saines et sauves.
La décision de rapatrier les femmes malgaches du Liban a été prise en début d’année par le gouvernement de transition suite aux décès de 17 femmes malgaches qui se sont rendues au Liban pour le travail entre 2009 et 2011.
Pour leur souhaiter la bienvenue chez elles, le Premier ministre les a conviées Á un repas copieux dans l’enceinte de l’aéroport. «Lors de nos discussions avec le gouvernement libanais, nous avons cherché plusieurs issues pour rapatrier ces femmes. On a mené des investigations et une série d’enquêtes avant de décider de leur rapatriement », a déclaré Albert Camille Vital.
Pour mieux les soutenir et les aider Á redémarrer dans la vie, le gouvernement malgache va allouer une indemnité d’installation Á chacune d’elles. En attendant cette aide financière, le comité interministériel qui s’est chargé de ce rapatriement est Á pied d’Å“uvre.
Le ministère de la Santé publique s’est présenté Á l’aéroport avec une importante équipe composée d’infirmiers et d’assistantes sociales pour effectuer un premier contrôle médical des rapatriées. «Un examen globale des jeunes femmes et de l’enfant a été effectué sur place et elles subiront un contrôle médical plus détaillé dans les prochains jours », a expliqué le général Pascal Jacques Rajaonarison, ministre de la Santé publique.
Le ministère de la Population et de la protection sociale a trouvé trois centres sociaux d’Antananarivo qui vont accueillir ces femmes rapatriées du Liban pour quinze jours. «Elles bénéficieront d’un encadrement psychique et médical avant de retourner définitivement chez elles. D’ailleurs, leurs familles devront signer une décharge quand elles viendront les récupérer. Pour les autres femmes qui ont de la famille en province, le ministère se chargera de les raccompagner respectivement dans leurs régions d’origine », a précisé Nadine Ramaroson, ministre de la Population et de la protection sociale.
Selon les chiffres émanant de ce ministère, 7000 femmes malgaches travaillent au Liban, 725 d’entre elles sont déjÁ rentrées par leurs propres moyens en 2009 et 2010, rompant leurs contrats. Durant les trois derniers mois, c’est un total de 125 Malgaches qui sont revenues au pays.
Parmi ces rapatriées du Liban se trouvent 15 femmes qui avaient été incarcérées au Liban, d’autres ont trouvé refuge auprès du Caritas après avoir fui les maisons de leurs patrons. Il y a aussi celles qui disent avoir été bien traitées mais qui ont quand même décidé malgré tout de rentrer et de profiter de cet avion spécial.
Le Liban demeure une des destinations favorites des femmes malgaches qui veulent échapper Á la pauvreté et au chômage Á Antananarivo comme dans les provinces. A partir de Madagascar, des agences de placement leur proposent des offres alléchantes. Mais une fois arrivées sur place, elles déchantent et l’espoir de ces femmes d’avoir une meilleure vie s’éteint Á petit feu.
Felana fait partie de celles qui sont déçues. Elle y est restée deux ans et huit mois. «Les contrats rédigés par les agences de placement ne reflètent pas les conditions de travail sur place », se lamente-t-elle. Par conséquent, elle a décidé de travailler hors contrat, c’est-Á -dire de ne pas honorer le premier contrat. Elle s’est enfuie et a cherché un contrat moins dur. Comme ça n’allait toujours pas, elle a préféré rentrer.
Ce rapatriement est le premier organisé par le gouvernement. D’autres voyages seront organisés prochainement pour rapatrier celles qui en ont marre et veulent rentrer au pays. Un partenariat entre le gouvernement malgache et Le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance, ainsi que le Fond des Nations Unies pour la Population est en train de se mettre en place Á cet effet.
En attendant, la signature de nouveaux contrats reste toujours suspendue. Le ministère de l’Emploi, ainsi que le syndicat des professionnels diplômés en travail social (SPDTS) dénoncent aussi tout envoi clandestin de femmes malgaches Á l’étranger.
Dina Razafimahatratra est journaliste Á Madagascar. Cet article fait partie du service d’opinions et de commentaires de Gender Links
Comment on Quatre-vingt cinq travailleuses malgaches rapatriées du Liban