Réapprendre Á  communiquer par le biais des TIC


Date: January 21, 2011
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En fait, l’histoire de Jeannine est similaire Á  celle de plusieurs Congolaises murées dans le silence par peur de discrimination. Jeannine n’a pas perdu le sourire malgré un passé lourd qui contraste avec son jeune âge. C’est avec un sourire aux lèvres que cette jeune femme d’une vingtaine d’années explique pourquoi elle ne possède ni téléphone portable, ni messagerie électronique. «Cela fait des années que je n’ai plus de téléphone. Quant Á  ma messagerie électronique, je ne l’ai plus consultée depuis si longtemps qu’elle doit être fermée. En tous cas je l’espère! »

Son regard est sincère. Elle parle de cet isolement technologique comme d’un moyen pour se préserver du harcèlement dont elle a été victime. «Je suis séropositive depuis mon adolescence. Je n’y suis pour rien. J’ai été violée dans un des quartiers de la capitale, quartier voisin de celui où j’habitais. C’est donc un soir comme les autres que j’ai eu le malheur d’être infectée au VIH/SIDA contre mon gré. J’étais jeune et je n’ai pas eu la sagesse de garder ce drame pour moi. Après avoir été violée et infectée, je me suis retrouvée embourbée dans une spirale de harcèlement. »

Des mois d’enfer ont donc commencé pour elle. Elle n’a pas arrêté de recevoir des appels téléphoniques anonymes et des messages électroniques qui lui promettaient le pire. «Chaque semaine, je recevais des menaces. Ils me disaient que j’étais impure et malade. Ils me promettaient qu’ils allaient me tuer. J’ai emménagé chez ma sÅ“ur dans une autre commune de la capitale mais les emails menaçants ont continué Á  tomber dans ma messagerie électronique. Durant cette période, j’étais davantage attristée par ce harcèlement continu que par le fait d’avoir été violée! J’étais traumatisée! ».

Sur le moment, il était difficile de lui expliquer que ces mêmes TIC peuvent l’aider Á  se protéger, Á  sensibiliser des hommes et des femmes sur les violences sexuelles et autres violences basées sur le genre. En RDC, malheureusement, l’accès aux nouvelles TIC n’est pas considéré comme une nécessité par tous. La cherté de ces services et la qualité qui laisse souvent Á  désirer, découragent même les plus intéressés. Il faut en moyenne 100 dollars américains, soit plus de 600 rands, pour se procurer un modem. Quant Á  la connexion, elle coute également près de 100 dollars américains par mois. Un prix qui dépasse de loin le salaire d’un Congolais moyen. Un montant extrêmement élevé pour une sans emploi comme Jeannine.

Heureusement, les organisations non gouvernementales congolaises tentent d’expliquer aux femmes comment utiliser les TIC et lutter contre les violences faites aux femmes. «Si Jeunesse savait » (SJS), l’organisation de jeunes féministes qui a invité Jeanine, a d’ailleurs comme cheval de bataille l’appropriation des nouvelles TIC par les femmes. C’est ce qui a finalement convaincu Jeannine de rouvrir sa messagerie électronique. «J’ai participé Á  une formation organisée par SJS Á  Kinshasa. Dans différents modules, nous avons appris Á  utiliser au mieux nos téléphones portables, Á  concevoir, enregistrer et diffuser des messages radiophoniques et Á  créer des blogs. J’ai trouvé cela passionnant. Mais surtout, je vois les nouvelles TIC d’un autre Å“il, avec un regard nouveau. Je sais que cela va au-delÁ  de la simple communication. Grâce au blog que j’ai ouvert, j’ai pu garder contact avec les féministes des autres provinces avec qui nous étions en formation. Et même si je n’arrive pas encore Á  témoigner ouvertement de ce que j’ai vécu, j’écris sur les féministes, sur les violences faites aux femmes et ce, avec l’aide d’amis. »

C’est aussi au cours de cette formation des femmes sur l’utilisation stratégique des nouvelles TIC que Jeannine a pu s’inscrire sur Facebook et discuter avec d’autres filles du monde grâce au forum du site de l’association pour le progrès de la communication sur les problèmes spécifiques qu’elles rencontrent selon qu’elles soient en Amérique Latine, en Europe ou au Canada. «Ce que j’aime le plus, c’est que par Facebook, je peux partager les articles que j’aime le plus ou que je trouve le plus intéressant. »

Á‡a, c’est de la communication virtuelle. Peut-être qu’après plusieurs formations et échanges, Jeannine pourra enfin franchir un autre cap: celui de s’acheter un téléphone portable pour recommencer Á  communiquer verbalement…
* Nom d’emprunt

Mila Kimbuini est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

 


0 thoughts on “Réapprendre Á  communiquer par le biais des TIC”

Eugene says:

Thank you ever so much for letting us know all these real facts in our society which’s still struggling to end the impunity. Keep it up writting down ! EK

Eugene says:

Thank you ever so much for letting us know all these real facts in our society which’s still struggling to end the impunity. Keep always writing down like this ! EK

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