Réinventer les concours de beauté en Afrique


Date: October 24, 2010
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L’école a repris pour les étudiants au Ghana mais Ramatu Sidic bouquine depuis plusieurs semaines. Elle se prépare pour le plus grand examen de sa vie – devenir la voix de la jeunesse ghanéenne et un ambassadeur global pour le maintien de la paix. C’est un poids bien lourd qui repose sur les frêles épaules de cette jeune reine de beauté mais lÁ  encore, Ramatu Sidic n’est pas qu’un beau visage.

Cette jeune femme de 22 ans met sa récente célébrité et sa voix au service de la paix sur un continent où de trop nombreuses jeunes femmes sont rendues muettes. Ce faisant, elle dissipe aussi certains stéréotypes entourant les concours de beauté.

Cette jeune femme a récemment obtenu la couronne du concours de beauté pour la paix intitulé Miss ECOWAS 2010. Cette compétition annuelle qui est organisée par le groupe de management ghanéen 702 Productions et la Commission de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (ECOWAS) est vendue comme «la vitrine culturelle de la beauté et de l’intelligence ghanéennes ».

Elle est aussi l’occasion pour les 14 délégués venant des quatre coins du Ghana de faire des plaidoyers sur des questions relatives au maintien de la paix et au développement dans la région de l’ECOWAS.

Cette année, ce concours s’est concentré sur l’éradication des armes légères dont les organisateurs estiment que 30 millions d’armes de ce type sont camouflées et vendues en Afrique. Afin de décrocher la tiare incrustée de diamants, Ramatu Sidic était armée de son intellect.

Accompagnée de 13 autres délégués, Ramatu Sidic a dÁ» participer Á  un camp Á  Accra. En sus de se lever tôt le matin pour faire des sessions d’exercices physiques rigoureux, elle a étudié plusieurs matières allant de l’étiquette Á  la politique des pays en voie de développement. Tout ceci après qu’elle ait passé une audition initiale où elle a été choisie parmi 80 aspirantes reines de beauté.

Cette préparation intensive peut surprendre certains car l’idée de concours de beauté s’accompagne généralement d’images de coiffures laquées, de maillots de bain et de sourires éclatants.

Cette année lors du concours Miss ECOWAS 2010, il était clair que chaque aspirante Á  la couronne s’était bien documentée et préparée. De ce fait, les projecteurs ont rapidement balayé les candidates pour se concentrer sur des questions clés pour la région ECOWAS telles que le chômage et le maintien de la paix.

C’est le maintien de la paix en particulier, a déclaré Ramatu Sidic, qui l’a motivée Á  participer Á  ce concours de beauté très particulier. «J’ai participé en raison du thème de ce concours si justement nommé Concours de la Paix. Je pensais être bien placée pour parler de la paix. Je peux interpeller des gens dans la rue, expliquer qui je suis et leur dire pourquoi je leur parle. Etre reine de beauté pour ce concours, c’est être une figure publique, une ambassadrice. Avec un tel titre, je peux étendre mon message de paix aux peuples d’autres pays ».

Elle a raison. Plusieurs reines de beauté africaines ont mis leur célébrité au service de la défense de questions importantes pour leurs pays. Michelle Maclean, gagnante du concours Miss Univers en 1992 a formé un trust Á  son nom pour promouvoir l’éducation et les soins aux enfants défavorisés de son pays qu’est la Namibie.

Après son règne en 2007, Miss Ghana@50, Frances Tekyi Mensah, a travaillé avec le Fonds des Nations Unies pour la Population pour recueillir des fonds et sensibiliser les gens sur les problèmes des fistules obstétriques qui affectent deux millions de femmes dans le monde, selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Il s’agit d’un trou dans le passage utérin causé par plusieurs jours d’obstruction et qui peut entraîner l’incontinence. Cette condition affecte généralement les femmes les plus pauvres et les moins éduquées d’Afrique et d’Asie.

Cette cause tenait tellement Á  cÅ“ur Tekyi Mensah que celle-ci a réussi Á  enrôler Á  cette cause une autre reine de beauté, Miss Libéria 2009, Shu-rina Wiah, qui s’est mis Á  mettre sur pied des programmes pour sensibiliser et renforcer les capacités des Libériennes des communautés rurales affectées par les fistules obstétriques.

C’est justement les femmes des milieux ruraux que Ramatu Sidic veut toucher et autonomiser. «Les femmes africaines sont issues d’une longue lignée de traditions culturelles. Lorsque vous vous rendez dans les villages, vous verrez que pratiquement aucune fillette ne va Á  l’école. On les forme pour être des épouses. Leur bureau, c’est la cuisine », dit Ramatu Sidic.

Cette étudiante en marketing qui représentera le Ghana au Concours de la Paix en novembre prochain en Sierra Leone veut utiliser son titre et la plate-forme qu’il lui offre pour atteindre ces femmes. «Elles manquent de sensibilisation sur les questions qui affectent leurs communautés, de même que de l’estime de soi et c’est un problème récurrent dans les régions rurales et chez les jeunes femmes africaines en général ».

«J’ai désormais confiance en moi mais cela fait quatre ans que je rêve de prendre part au concours et que je m’entends dire que je suis trop petite de taille. J’ai décidé de persévérer et de prendre les choses par étapes. Ce processus m’a offert des opportunités que d’autres filles n’auront pas ».

Ses concurrentes étaient aussi belles qu’elle mais en même temps, des questions importantes étaient débattues et les discussions étaient profondes et articulées. Ce n’était pas qu’un groupe de femmes objets. Leurs capacités étaient renforcées par l’exercice d’un simple fait que les femmes dans bien d’autres parties du monde ont pris pour acquis, Á  savoir leur voix.

Antoinette Sarpong est une journaliste canadienne basée au Ghana et travaille avec Journalistes pour les Droits Humains. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

 

 


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