Changement climatique, la fin des potagers des femmes mauriciennes

Changement climatique, la fin des potagers des femmes mauriciennes


Date: October 27, 2014
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L’agriculture a été depuis la nuit des temps un moyen de subsistance dans un monde féroce. Elle a été aussi un moyen pour les femmes de se nourrir, ainsi que leurs enfants. Les femmes représentent 70% de la population mondiale qui vit au-dessous du seuil de pauvreté, leurs moyens de subsistance dépendant fortement de l’agriculture et de la pêche dans les zones côtières. En Afrique subsaharienne, 70 Á  80% de la production alimentaire des ménages dépend des femmes, la proportion étant de 65% en Asie et de 45% en Amérique Latine et dans les Antilles.

Pourtant, les femmes ne sont pas favorisées quant Á  l’accès aux terres. A Maurice, l’agriculture, Á  l’exception de la canne Á  sucre, n’est pas un pilier de l’économie mais sa pratique a fait vivre plusieurs générations quand le pays était encore sous-développé. C’était une tradition pour chacune de ces courageuses femmes d’avoir un potager et un petit verger dans leur jardin, comme l’explique Yolande, octogénaire habitant Palma.

«Qu’elles furent propriétaires ou locataires, toutes les femmes avaient un potager. Cela faisait partie du décor de la cour d’une maison. Les légumes qu’elles plantaient, elles les revendaient et elles partageaient souvent l’argent entre voisins. C’était une façon de survivre pendant les moments durs, d’avoir au moins quelque chose Á  manger. Mais de nos jours, ce n’est plus le cas. On dit souvent que c’est le développement qui en est la cause mais moi je pense que c’est aussi le climat. Il a changé. La pollution a tout influencé. Par exemple, je suis née Á  Quatre Bornes et il ne se passait jamais une semaine sans que la ville ne soit arrosée par la pluie une fois par semaine. Maintenant c’est fini. C’est soit la sécheresse ou les inondations. Cela a découragé des femmes comme moi Á  jardiner. On ne cultive plus rien car ce n’est pas la peine. C’est une perte de temps. On ne sait même plus quand la pluie va tomber et cette chaleur devient invivable, même Á  Quatre-Bornes. Le fait que je ne cultive plus de légumes, en particulier de brèdes, je dépense un minimum de Rs 1000 tous les mois pour les acheter au marché et cette dépense m’appauvrit ».

C’est le même son de cloche du côté de Baie du Tombeau, village Á  la périphérie de la capitale, Port-Louis. Linzy, mère célibataire de trois enfants, travaille dans une usine de textile. Ses revenus ne suffisent pas pour élever ses enfants. «Autrefois, on avait un potager. Il y avait des fruits et des légumes mais maintenant, tout cela est fini. La sécheresse nous fait du mal, moi, ma famille et mes plantes, enfin du moins ce qu’il en reste. Le climat n’est plus la même. Il est devenu méconnaissable ».

Baie du Tombeau est d’ailleurs un village où de nombreuses femmes allaient pêcher des pieuvres le soir et cette pêche assurait qu’une famille ait de quoi manger ou obtienne de l’argent de la vente des fruits de leur pêche. «La mer est aujourd’hui polluée, tout comme l’air et rien n’est équilibré. Avant, on pouvait prendre dix ou quinze pieuvres en une nuit mais maintenant c’est fini, rien Á  part des algues, explique Georgette. Cette quinquagénaire est originaire de Rodrigues, île autonome appartenant Á  la République de Maurice. «Même Á  Rodrigues, le changement climatique a tout chamboulé. On vit les pires sécheresses depuis des décennies et on ne s’en sort plus. On n’a pas de travail, pas d’argent, ni d’encadrement et on dit toujours que le soleil se lève pour tout le monde mais aujourd’hui, même cela n’est plus sÁ»r avec ces problèmes de changements climatiques ».

Le changement climatique a affecté la vie de nombreuses femmes Á  Maurice, a fait disparaître leurs potagers et dans certains cas, les a exposées Á  un manque de nourriture saine. Maurice est d’ailleurs devenu un pays d’exportation, ne produisant que très peu de denrées de base. Même si le gouvernement voudrait favoriser cela, il rencontre comme obstacle les effets du changement climatique.

Saraswatee, une habitante de Les Mariannes, en a fait les frais avec ses bêtes. « J’ai pris un emprunt pour faire l’élevage de moutons. Le climat instable a causé la mort de plusieurs d’entre eux et finalement, nous nous sommes ruinés, mon fils et moi, dans cette affaire. » Beaucoup d’autres femmes entrepreneures comme Saraswatee ont connu les mêmes peines.

DéjÁ  défavorisées en étant femmes, pauvres, même la nature semble avoir choisi son camp pour les pénaliser…

Leevy Frivet est journaliste Á  Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

 


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