Journalistes, secouez-vous!


Date: October 13, 2010
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Depuis 2003, c’est un fait connu, grâce Á  l’étude de base sur le genre et les médias de Gender Links, que les journalistes de la région marginalisent les femmes, n’accordant la parole qu’Á  17% d’entre elles. Au lieu de quoi, ils se contentent de l’institutionnel, quand ils n’ont pas recours aux experts qui sont Á  portée de main et qui se trouvent être presque invariablement des hommes.

Face Á  ce constat désolant et suite aux plaidoyers et Á  l’activisme de Gender Links et de ses partenaires, on aurait cru que la situation aurait évolué de façon significative sept ans après. Or, il est malheureux de constater que le pourcentage de sources féminines figurant dans les médias de l’Afrique australe n’a augmenté que de 2%, soit 19%! Un pourcentage corroboré par un résultat similaire figurant dans l’étude Gender and Media Monitoring Progress, mené le 10 novembre dernier dans 108 pays par la World Association of Christian Communication.

Il y a toutefois certaines variantes entre les pays de la SADC dans le GMPS de 2010 dont les résultats ont été présentés par Colleen Lowe Morna, directrice exécutive de Gender Links lors du quatrième Sommet sur le Genre et les Médias. On y entend davantage la voix des femmes aux Seychelles et au Lesotho (30%). Colleen Lowe-Morna l’explique par le fait qu’au Lesotho, un grand nombre d’hommes sont absents, retenus par le travail minier. Aux Seychelles, ce sont les femmes qui prennent les décisions en général, d’où ce résultat progressiste.

Les journalistes du Malawi, de la Tanzanie, du Botswana et des pays francophones de la SADC, font aussi intervenir davantage de femmes dans leurs reportages écrits et audiovisuels. Par contre, au Mozambique, un déclin de 1% a été enregistré au niveau des sources féminines.

Et dans certains pays, le pourcentage de sources féminines n’a pas bougé d’un iota depuis 2003. Ceux-lÁ  sont l’Afrique du Sud, la Namibie et Maurice, des pays où la presse est pourtant très proactive. La directrice exécutive de Gender Links l’attribue au fait que les journalistes de ces pays pensent qu’ils connaissent tout et n’ont donc plus rien Á  apprendre.

Il y a d’autres zones d’ombre au tableau des médias de l’Afrique australe. Ceux-lÁ  ont perdu leurs bons réflexes d’interroger les femmes sur le VIH/SIDA. De 36% de voix féminines dans l’étude de 2003, ce chiffre est tombé Á  20% dans le GMPS de 2010. Pour Colleen Lowe-Morna, c”est encore un autre exemple de «journalisme de sofa ». Au lieu, dit-elle, de se rendre sur le terrain pour enrichir les pistes qu’ils ont obtenues, les journalistes restent scotchés devant leur écran d’ordinateur, surfent le Net en quête d’un dernier rapport d’une instance internationale Á  partir duquel ils pourront puiser des informations, reprennent celles d’une agence de presse ou les obtiennent tout simplement par téléphone.

Vous trouvez ce jugement sévère? Pas tant que ça. Les statistiques sont éloquentes. Soixante sept pour cent (67%) des sources citées dans les 33 000 informations analysées lors de ce monitorage sont uniques!
Bien que le GMPS de 2010 montre quelques progrès significatifs, notamment que les médias accordent désormais grandement la parole aux personnes affectées par le VIH/SIDA (de 4% dans l’étude sur le genre et le VIH/SIDA de 2006 Á  36% dans le GMPS de 2010), ils doivent sortir de leur torpeur et se secouer.

Car si de l’avis des experts des Nations Unies, le fait de ne pas tenir compte de l’opinion des femmes constitue une violation de la liberté d’expression, dans la pratique journalistique, les priver de leur droit Á  la parole constitue purement et simplement un travail d’amateur…


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