Côte d’Ivoire : Euphrasie Yao, la ministre qui suscite de grands espoirs chez les Ivoiriennes

Côte d’Ivoire : Euphrasie Yao, la ministre qui suscite de grands espoirs chez les Ivoiriennes


Date: March 12, 2016
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Abidjan, 22 mars: Dans le nouveau gouvernement de Côte d’Ivoire, constitué en janvier, on note une légère percée des femmes. Dans le précédent gouvernent, il y avait déjà cinq femmes ministres et depuis trois mois, quatre autres ont intégré l’équipe gouvernementale en tant que ministres, portant à neuf le nombre de femmes ministres sur un total de 36. Ce nouveau gouvernement donne ainsi le ton de la promotion du genre. «L’ancien gouvernement comptait cinq femmes sur 32. Maintenant, nous en avons neuf sur 36. Nous pensons qu’une augmentation de 15% à 25%, c’est une évolution certaine», se réjouit Julie Koné, présidente du conseil d’administration du Centre Féminin pour la démocratie et les droits humains en Côte d’Ivoire (CEFCI).

Même son de cloche du côté du groupe des organisations féminines pour l’égalité hommes-femmes (GOFEHF), faitière composée de 17 réseaux et organisations, faisant depuis un bon moment un plaidoyer pour une forte représentativité des femmes à des postes de décision. Pour Rachel Gogoua, présidente de cette organisation, femme résolument engagée pour une société égalitaire en Côte d’Ivoire, c’est une avancée. Mais elle est insuffisante car n’atteignant pas le minimum fixé par la communauté internationale, qui est de 30% de représentativité des femmes dans les instances de décision.

La plupart des organisations féminines interrogées affichent leur satisfaction pour la nomination de neuf femmes au gouvernement. Cette satisfaction est d’autant plus grande avec la nomination d’Euphrasie Kouassi Yao en tant que ministre de la Promotion de la Femme, de la Famille et de la Protection de l’Enfant. En effet, ce sont ses compétences, son engagement et son expérience professionnelle, qui lui ont valu sa nomination à ce poste ministériel.

L’on retient qu’elle a contribué à l’élaboration de plans nationaux et de politiques nationales pour le genre, tout en jouant un rôle dans divers mécanismes et instruments décisionnels.

C’est elle qui a mené d’une main de maitre le projet du Compendium des Compétences Féminines, véritable outil de promotion de l’égalité des chances, lancé le 4 octobre 2011 par la présidence de la République. L’objectif du Compendium des Compétences Féminines de Côte d’Ivoire (COCOFCI) est de renforcer la visibilité, la participation et le leadership des femmes dans la gestion des affaires publiques et privées.

C’est une base de données de plus de 9000 femmes inscrites en ligne, à la date de février 2014, et réparties au niveau national et international. Les femmes listées dans cette base de données comprennent des cadres de haut niveau de la Fonction publique et des femmes entrepreneures qui excellent dans leur domaine respectif.

Euphrasie Kouassi Yao a un Curriculum Vitae bien rempli. Administrateur civil, elle a occupé différentes fonctions dans l’administration centrale. Elle a été directrice nationale de l’Egalité et de la Promotion du genre et conseillère technique du ministre de la Femme.

Cette titulaire d’un Master 2 en genre et développement est experte et consultante internationale en genre et développement auprès de plusieurs agences du système des Nations Unies et de la Banque africaine de développement (BAD). «Nous pensons qu’elle mérite sa place à ce poste car elle est experte en genre. Elle connait le milieu», estime Julie Koné. Pour Soro Mylène Dahiri Camara, chargée des programmes du Réseau des Femmes dans l’Edification de la Paix du WANEP-Côte d’Ivoire, c’est donc une chance de l’avoir à la tête de ce ministère. «Elle pourra utiliser le pouvoir décisionnel qu’elle a pour faire évoluer la question du genre en Côte d’Ivoire», ajoute-t-elle.

Mais au-delà de l’euphorie de cette nomination, beaucoup de défis doivent être relevés par Euphrasie Kouassi Yao. Les attentes sont nombreuses. «Ce que nous demandons à Madame Yao, c’est de prendre le taureau par les cornes et de légiférer pour qu’il y ait la parité de 50-50 % dans la prochaine Assemblée nationale, dans les municipalités et les régionales. Si elle réussit cela, ce sera une avancée vraiment incroyable, qui restera gravée dans la tête de toutes les femmes de la Côte d’Ivoire, que ce soit les générations présentes que celles à venir», indique Rachel Gogoua.

La protection des femmes et des filles contre les violences sexuelles, y compris les Mutilations Génitales Féminines (MGF), l’inclusion des questions du genre dans les politiques et les programmes de développement, la participation des femmes et des hommes au processus de reconstruction et de réinsertion nationale, le renforcement de la participation des femmes aux processus de prises de décision, l’autonomisation de la femme rurale sont autant de chantiers auxquels elle doit s’attaquer.

«C’est bien d’occuper un poste de pouvoir mais ce serait mieux de pouvoir laisser une empreinte indélébile de son passage à la tête d’un tel ministère, c’est-à-dire, poser des actes, qui pourraient véritablement changer le cours de la vie des femmes de la Côte d’Ivoire», ajoute Rachel Gogoua.

Bien qu’étant convaincue de ce qu’elle prêche, la ministre Yao devra surtout persuader ses pairs de l’importance d’opérer de profonds changements dans la vie de toutes ces Ivoiriennes qui comptent sur elle. Et ça, ce n’est pas une mince affaire.

Augustin Tapé, journaliste radio et web, spécialiste de genre, est aussi coordonnateur du site d’information www.newsivoire.com et vice-président du réseau des journalistes et communicateurs pour la promotion du genre. Ce podcast fait partie du service d’information de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.