Violences en période de confinement

Violences en période de confinement


Date: July 17, 2020
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Violences en période de confinement : les victimes ont peu d’espoir pour que justice soit rendu

By Fehizora Rafalimanana, 

Antananarivo, 17 July: Depuis mi-mai, le déconfinement est progressif à Madagascar malgré que le nombre de nouveaux cas de contamination au coronavirus ne cessent de s’accroître. Durant deux mois et demi de confinement, les formes de violence au niveau de la société se sont multipliées. Les femmes victimes de violences basée sur le genre souffrent en silence de plusieurs maux, celles avec un handicap encore plus.

En brousse, plus précisément à Ambohimiadana Manjakandriana, plus à l’Est de la capitale, Voahirana, une mère de famille de six enfants marchande de fruits et légumes nous confie ses maux.

Je vis avec mon mari et ma fille qui a encore six ans, mes autres enfants sont partis vivre ailleurs, ils ont fondé leur famille. Je suis fatiguée, mais je n’arrête pas de travailler pour les besoins de notre foyer même quand je suis malade, et aussi même quand nous sommes en période de confinement. Si je ne sors pas, nous n’avons rien à manger. Il arrive des fois où je dois vendre des petites choses chez moi pour nous nourrir.  Cependant mon mari n’est pas un soutien pour moi mais un fardeau. Mercredi dernier (date du 03 juin 2020), nous sommes partis au petit matin vendre nos fruits et légumes comme d’habitude. Nous laissons la petite dernière chez ma sœur et nous la récupérons dès notre retour. Il a pu gagner un peu d’argent au marché en travaillant comme docker en quelques heures, il s’est mis à boire et a disparu des parages.

De retour au village et après avoir récupéré notre fille, j’ai constaté qu’il était déjà de retour à la maison bien avant nous et était déjà ivre. Il m’a crié dessus sans raison et m’a menacé. Il est toujours comme ça quand il est ivre.  Ce jour-là, il a fallu que moi et ma fille ne dormions pas à la maison sinon je ne sais pas de quoi il aurait été capable de nous faire. Nous nous sommes réfugiées chez ma sœur. J’ai enduré la violence depuis plusieurs années maintenant, avec près de 30 ans de mariage, mais aujourd’hui ça a empiré, et surtout depuis le début de cette période de confinement car nous vivons dans la misère. Avant il ne restait pas ici tous les jours, il partait une semaine ou deux parce qu’il était camionneur. Il a aussi été renvoyé parce qu’il était ivre en plein travail.

Selon ses explications, Voahirana a déjà déposé, auparavant, une plainte contre son mari pour violence conjugale et irresponsabilité en tant que père de famille mais cela a été en vain. Elle a perdu beaucoup d’argent et de temps pour les vas et viens, le transport et frais de service auprès de la gendarmerie, les procédures auprès du tribunal. Face à ce dernier fait, l’autorité locale, notamment le président du quartier lui a conseillé de prendre ses distances comme la législation malgache prévoit les femmes ont droit de prendre une distance face aux actes de violences conjugales. A plus d’une semaine de notre interview, Voahirana, désorientée, se plie sur son sort et continue de vivre dans cette situation avec son mari.

Actuellement, l’histoire de Suzy, retient également l’attention de tous. Suzy est une jeune fille de 18 ans à plusieurs handicaps. Elle est à la fois sourde, muette et avec un handicap mental. Selon les informations, elle a déjà été victime de viol à ses 15ans, mais cette histoire n’a jamais été évoquée, l’auteur reste inconnu. Cependant, ce mois de juin, Suzy semblait être malade, explique sa mère, elle vomissait et ne se comportait pas comme d’habitude. Après une consultation médicale, l’on a appris qu’elle était enceinte. Mais de qui ?

Elle a besoin d’aide et d’assistance pour manger, aller aux toilettes, se changer, et pour faire tous ses besoins vitaux. Questionnée par sa mère sur celui qui l’a violé, Suzy ne peut répondre que par un geste mimique que même sa mère ne peut traduire. L’information sure à cet instant c’est que Suzy va subir une opération césarienne pour accoucher de son bébé et aura besoin d’une observation minutieuse durant sa grossesse. Ce qui signifie beaucoup plus de dépense. Cependant, la mère de Suzy est la seule personne active dans leur foyer car, la sœur de Suzy vit avec son mari, son père est aveugle et n’a plus de bras suite à un accident de travail. Avec l’accord de sa mère, une personne proche de la famille a publié l’histoire de Suzy sur les réseaux sociaux en indiquant que la famille a besoin de plus d’argent. Deux numéros de téléphones, celui de la mère de Suzy et celui de sa sœur, ont été communiqués pour que la famille puisse recevoir de l’aide via mobile money.

Les personnes informées sur le cas de Suzy, sur le réseau social Facebook réclamaient justice et font appel aux autorités étatiques pour voir ce cas et punir l’auteur du viol. Quelques temps après cette propagation, l’histoire a pris une autre tournure. Les informations ne sont pas encore sures jusqu’à ce jour où nous écrivons (19/06/2020) La source ayant exposé le cas de Suzy sur facebook a demandé d’arrêter tout envoi d’aide via le compte mobile money de la sœur de Suzy et envoyer seulement sur le numéro de sa mère. Deux versions sortent de cette histoire. D’un côté une source proche de la famille raconte que le mari de la sœur a avoué être l’auteur du viol à la famille. Sa femme lui soutien et menace la famille de bloquer tout l’argent déjà reçu sur son compte si son mari sera dénoncé. De l’autre côté, la mère a une suspicion sur un oncle de Suzy, de par le geste de sa fille Suzy, qui en rendant visite chez cet oncle s’est tout de suite approchée de lui sur son lit avec un langage mimique étrange. Les autorités ont été avisées du cas de Suzy mais restent dans le silence à l’heure où nous écrivons.

Alertée sur cette histoire, Fela RAZAFINJATO, présidente de l’association des femmes handicapées de Madagascar et à la fois présidente du centre Sembana Mijoro, centre de formation et d’accueil des personnes handicapées, a exprimé son inquiétude pour que cette histoire aboutisse et que justice soit rendu. « Premièrement nous sommes indignées devant ce cas et faisons appel à ce que le coupable soit puni par la loi. En outre, j’ai peu d’espoir que l’auteur du viol de Suzy soit arrêté et puni pour son acte. Je dis cela par rapport au fonctionnement du système.  Au centre sembana mijoro, nous avons eu un cas similaire à celui de Suzy. Une jeune fille handicapée, internée dans le centre, a été mainte fois violée et continue à être violée par son oncle à chaque fois qu’elle retourne chez sa famille car le centre se ferme pendant 2 mois dans l’année, c’est comme notre grandes vacances. Pour sa protection, nous n’allons pas évoquer son identité.  Elle ne voulait plus retournée chez sa famille de peur que son oncle lui fasse la même chose.

Nous avons pris l’initiative d’appréhender cet oncle avec la police des mineurs le Police des Mœurs et de la Protection des Mineurs-PMPM. Pour le déplacement de la police afin de coincer l’homme de bon matin à son domicile avant qu’il ne s’échappe, il nous a fallu payer 150 000 Ariary (environ 40 USD) Mais la police a été en retard ce jour-là et n’a pas pu arrêter l’auteur du viol. Pour recommencer cette procédure, nous devrions encore payer la même somme. Faute de moyen, notre plan est tombé à l’eau. L’auteur du viol n’a pas été arrêté jusqu’à aujourd’hui. Le comble dans l’histoire c’est que la mère de l’enfant et sa famille est en connaissance de cause mais souhaite que l’oncle, auteur du viol ne soit pas inculpé car elle ne veut pas avoir de problème vis-à-vis de la famille et de la société. La mère m’a seulement dit, voilà pourquoi nous vous l’avons confié pour que cet acte de viol ne se reproduise plus. De notre côté, on s’est arrangé avec la mère ; avec le co-financement d’une autre association, nous avons décidé de garder cette enfant dans le centre même pendant les vacances. Elle reste toujours au centre. Ceci pour vous dire que ce cas n’est pas loin de celui de Suzy, et que s’il n’y a pas de changement radical et d’implication volontaire à défendre cette cause, au niveau de la société et surtout de l’administration, ces histoires continueront à être unes parmi tant d’autres et resterons sans finalité »

Les conséquences du coronavirus sont lourdes et n’épargnent pas les personnes handicapées. Selon toujours les explications de Fela RAZAFINJATO, l’association reçoit plusieurs complaintes de leurs consœurs. « Une femme handicapée, ayant travaillé dans une zone franche en périphérie a été suspendue durant le confinement. L’entreprise lui évoque comme objet de renvoi le problème de transport, en tant qu’handicapée, bien qu’elle habite assez près de son lieu de travail et arrive à se déplacer par elle-même. Une autre femme aveugle dans la région Matsiatra Ambony nous a confié également ses craintes, elle n’a plus de repère car tout son entourage a changé, tout le monde reste à la maison et les voisins sont nombreux tout à coups. Elle a peur qu’un éventuel accident peut surgir à tout moment »

Par ailleurs, la ligature est un des problèmes majeurs enduré par les femmes handicapées, mais qu’on n’en parle presque jamais. Cette privation du droit à procréer est en majeur partie une décision unilatérale des proches des femmes handicapées. « Notre association compte près de 600 femmes handicapées, 100 d’entre nous ont subi la ligature » indique Fela RAZAFINJATO Présidente de l’association des femmes handicapées de Madagascar. Une femme employée du centre sembana mijoro en est victime. Après que son premier bébé est mort à la naissance, sa famille a demandé au médecin de lui faire une ligature sans demander son avis « J’ai vraiment envie d’avoir des enfants comme toutes les femmes et je sais que je peux en avoir. Je me suis dit à moi et à ma famille que je vais encore tenter d’avoir un enfant la prochaine fois. Ce n’est que là que j’étais informée qu’ils m’ont fait une ligature et que je ne pourrais plus avoir d’enfant » confie-t-elle. En tant que responsable et acteurs dans la promotion de l’égalité de droits et l’équité vis-à-vis des femmes handicapées, Fela Razafinjato se rend chez la mère de cette employée mais obtient en retour « mettez-vous à notre place. Ce serait difficile pour elle et aussi pour nous. C’est vraiment triste mais on ne peut plus rien faire »

En somme, en cette période difficile causée par la pandémie du coronavirus, nombreuses sont les formes de violences à l’égard des personnes handicapées surtout les femmes. Selon les acteurs dans la protection des personnes handicapées, la mécompréhension de l’égalité de droit par la société et l’administration sont aujourd’hui, encore, source de multiples violences envers les personnes handicapées. « Les droits humains sont égaux, les textes n’évoquent aucune forme de discrimination, cependant, les personnes handicapées ont besoins de certains dispositifs pour leur permettre de jouir de ces mêmes droits, d’où le principe d’équité ». Tel est le message, remède à l’exclusion et aux formes de violences que les personnes handicapées souhaitent mettre en exergue et attirer l’attention de tous. Ces dispositifs sont nécessaires dans tous les domaines, notamment dans les services publics, le domaine de la formation et l’emploi.

Fehizora Rafalimanana is a journalist from Madagascar. This article is part of the GL News Service Gender and COVID -19 news series.

 


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