Concours de beauté: le reflet d’une culture du paraître


Date: October 23, 2009
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Les changements majeurs apportés aux concours sont des tests de «personnalité » et d’ «intelligence », rajoutés sans doute dans le but d’apaiser ceux qui trouvent ces compétitions humiliantes pour les femmes. A Maurice, ces concours ont été organisés dans les années 70 dans le même format qu’Á  l’étranger.

Il s’agit pour des jeunes filles âgées de plus de 16 ans de remplir un formulaire de participation et si elles répondent Á  certains critères établis, elles se soumettent Á  un casting où l’on prend leurs mensurations avant de juger de leurs aptitudes Á  défiler sur un podium. Le niveau d’éducation, de même qu’Á  la catégorie socioprofessionnelle de la jeune femme serait également pris en considération, selon une ancienne participante.

«En sus d’évaluer ton physique, ils portent beaucoup d’attention au travail que tu fais et Á  ton niveau d’éducation. Mais la personnalité de la fille ne compte pas pour ainsi dire », explique Sarah Delord-Cuniah. En 2008, cette jeune femme de 20 ans a participé au concours Miss Mauritius et a obtenu la couronne de Miss Visage. Cette année, Á  l’issue de son mariage, elle a participé au concours Mrs Mauritius et a remporté le titre.

La jeune femme a donc une perspective unique des deux concours. «Je suis d’avis que ces concours peuvent apporter énormément aux jeunes femmes qui y participent mais aussi Á  l’image de la femme en général », affirme Sarah Delord-Cuniah.

Tous ne sont toutefois pas d’accord avec son point de vue. Kit Acheemootoo, directeur de l’agence d’événements et de mannequinat Heat, explique que les concours tels que Miss Mauritius devraient être abolis car ils font du tort Á  l’image de la femme. «Lors de ces concours, ces filles sont ridiculisées par le public car lorsqu’elles répondent aux questions, elles tiennent toutes le même discours, Á  savoir apporter la paix dans le monde », soutient-t-il.

Sarah Delord-Cuniah défend toutefois ces concours et affirme que le simple fait de participer Á  ce type de manifestation est une preuve de courage et d’une personnalité bien trempée. «Il faut faire des sacrifices et toujours garder confiance en soi. J’ai remporté la couronne et ce n’est plus ma propre personne que je représente mais mon pays et ma culture », explique la jeune femme.

«Je ne pense pas que les concours de beauté soient une bonne chose car chaque femme est unique. Juger les femmes pour leur physique et les récompenser alors qu’on les transforme en stéréotypes, n’aide pas la société », affirme pour sa part AnaÁ¯s Fanchin, mannequin et hôtesse Á  temps partiel. Selon cette jeune femme, les concours de beauté poussent certaines participantes Á  modifier leur physique et Á  astreindre leurs corps Á  des régimes stricts par exemple. «Ces jeunes femmes sont souvent complexées et n’ont pas le physique de femmes normales. Je comprends qu’elles doivent être des ambassadrices mais ces filles donnent l’impression d’être artificielles », poursuit-elle.

Toujours selon AnaÁ¯s Fanchin, trop d’accent est mis sur le physique et pas suffisamment sur les autres atouts des jeunes femmes. «Danser, chanter ou lire un poème Á  haute voix ne résume pas le talent. Il manque Á  ces concours de l’originalité et de la fraicheur », estime-t-elle.

«Il faut qu’on puisse montrer notre personnalité et être jugées dessus au lieu de faire semblant d’être quelqu’une d’autre. Se transformer n’est pas la solution. Au contraire, il faut être le plus naturel possible et rester soi-même », affirme la nouvelle Mrs Mauritius. La question pour elle est de savoir sur quels critères juger les jeunes femmes qui participent Á  ces concours de beauté.

Selon elle, il faut pouvoir faire confiance Á  ces jeunes femmes lorsqu’elles représentent leur pays. Si elles n’arrivent pas Á  raisonner de manière cohérente et avoir une personnalité intéressante, c’est tout le pays qui sera ridiculisé lors de la compétition. La pression est donc énorme sur leurs épaules.

Les jeunes femmes qui participent aux concours de beauté sont souvent comparées Á  des mannequins Á  qui l’on demanderait de faire usage de leur cervelle alors qu’ils et elles sont lÁ  comme faire valoir. Kit Acheemootoo considère que les mannequins sont des «porte-manteaux. Ils/elles n’ont pas besoin de montrer leur personnalité. Mais il faut aussi se rendre compte que les mannequins sont payés pour ça. On leur demande de mettre en valeur ce qu’elles portent, pas elles-mêmes ou leur pays ».

Même son de cloche de la part d’AnaÁ¯s Fanchin qui explique que les mannequins et hôtesses sont des «bibelots » mais que c’est Á  elles de démarcher et de se faire des contacts pour trouver du travail. «C’est tout de même une responsabilité. Je dois faire en sorte Á  ne pas être qu’un simple bibelot. Sans un minimum d’intelligence, c’est difficile d’avancer, peu importe le métier que l’on exerce. Les Miss ne donnent pas cette image. Elle donnent une impression irréelle, comme si qu’elles ne vivaient pas sur la même planète », confie la jeune femme.

Quelle est la solution? Tous les intervenants sont d’accord pour dire qu’il est temps d’apporter du changement Á  ces concours. Pour Sarah Delord-Cuniah et Kit Acheemootoo, il faut un meilleur équilibre entre le mental et le physique. Si ces jeunes femmes sont censées représenter leur pays, il faut qu’elles en aient la capacité. «Il faut attirer et mettre en avant des jeunes femmes qui sont Á  la fois belles et intelligentes », pense Kit Acheemootoo.

AnaÁ¯s Fanchin va plus loin dans sa proposition. «Laissons l’organisation de ces évènements aux jeunes. Ils sont l’avenir. Pourquoi ne pas leur laisser montrer qui ils estiment être représentative du futur », considère la jeune femme.

Quoi qu’il en soit, seul l’avenir dira si les jeunes ambassadrices primées par ces concours seront un jour le reflet des cultures dont elles sont issues.

Vincent Potage est journaliste Á  Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles Á  l’actualité quotidienne.

 


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