En RDC : Elykia, handicapée physique, refuse la mendicité


Date: May 22, 2010
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Tout le monde au quartier Abattoir, commune de Masina Á  Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC), l’appelle affectueusement «Mama Elykia ». Elle est mère de deux filles, âgées de 18 et 15 ans, qu’elle a eues avec deux hommes différents et qui Á  chaque fois, refusaient de reconnaître leur grossesse. «Peut-être qu’ils avaient honte d’avoir eu une relation amoureuse avec une personne handicapée comme moi », pense-t-elle. «Elykia » signifie «Espoir » en Lingala, l’une des quatre langues nationales de la RDC, qui est plus parlée Á  Kinshasa.

De son vrai nom, Marie-Louise Angenga, cette jeune femme dont on a du mal Á  deviner l’âge, est une handicapée physique. Elle n’a pas l’usage de ses jambes. Elle marche péniblement, clopin-clopant, au moyen de béquilles.

Contrairement aux autres personnes vivant avec un handicap et qui pour la plupart n’ont pas toit, «Mama Elykia », grâce Á  sa créativité, est propriétaire de sa maison. La devanture de sa résidence est pavoisée par deux enseignes lumineuses sur lesquelles on peut lire: «Dépôt de pains Mama Elykia » et «Haute couture moderne Mama Elykia ».

Cette femme qui suscite l’admiration des gens de son quartier pour la qualité de son travail, n’est pas née handicapée physique. Elle l’est devenue. Elle raconte son histoire: «Je suis née normale. A l’âge de cinq ans, j’ai été terrassée par la paralysie flasque, communément appelée Konzo en RDC, maladie causée par des composés se trouvant dans le manioc amer et qui attaque les membres inférieurs.

J’ai alors perdu l’usage de mes jambes. Après plusieurs séances de rééducation physique dans un centre de kinésithérapie, j’ai réussi quand même Á  marcher, bien que difficilement. Dans cet état et étant une fille, je suis devenue un poids pour ma famille. Personne ne s’occupait de moi. Je n’avais plus aucune considération de la part de mes frères et sÅ“urs qui ne voulaient plus me transporter chaque jour sur leurs dos pour m’emmener Á  l’école. Raison pour laquelle je ne vais pas étudier. Jusqu’Á  l’âge de 15 ans, j’étais encore une analphabète complète. Je ne savais ni lire, ni écrire. J’étais triste car je voyais mon avenir sombrer ».

Malgré toutes ces difficultés, «Mama Elykia » ne se laisse pas emporter par le désespoir. «Elykia » ne veut-il pas dire espoir? Ne dit-on pas que l’espoir fait vivre? «J’ai intégré plusieurs associations et organisations non-gouvernementales locales qui encadrent les personnes vivant avec un handicap. Grâce Á  ces structures, j’ai suivi le cours d’alphabétisation. J’ai aussi appris la teinturerie, la salaison de poisson, la fabrication du savon, de parfums et de liqueurs, des petits métiers qui m’ont permis de vendre les produits fabriqués et de me prendre en charge », raconte-t-elle.

Le curé de la paroisse catholique du quartier lui a acheté une machine Á  coudre. «J’ai appris la couture. A mon tour, j’ai initié ma fille aînée qui tient désormais d’une main de maître notre atelier de couture déjÁ  célèbre au quartier sous le label «Haute Couture Mama Elykia ». Sa petite sÅ“ur, Annette, fréquente également une école de couture. «Je projette de créer un grand atelier de couture qui sera dirigé par mes deux filles.

Toutes ces activités m’ont rapporté 2000 dollars américains qui m’ont permis d’investir dans la panification. J’ai ouvert chez moi un dépôt de pains. Je reçois 5000 pains chaque matin. J’ai une chaîne de vendeuses qui les écoulent sur le marché du quartier. Je leur vends le pain Á  200 francs congolais la baguette. Sur un pain vendu, je gagne 20%, c’est-Á -dire, environ 20 francs congolais. Je réalise ainsi un bénéfice journalier de 5000 pains x 20 francs congolais, soit 100 000 francs congolais, environ 91 dollars américains. J’ai une grosse clientèle et tous les pains sont vite épuisés. Il ne reste pas d’invendus », fait savoir Mama Elykia.

Hier, femme handicapée sans la moindre considération de la part de la société, grâce Á  son courage, Á  sa ferme détermination, «Mama Elykia » a réussi Á  tailler son chemin dans la pierre. Elle a donné un sens Á  sa vie. Par son travail, elle est devenue utile Á  sa famille, ainsi qu’Á  toute la communauté de son quartier Abattoir dans la commune de Masina où elle réside.

Marie-Louise Angenga est maintenant une référence. Tout le monde la cite en exemple. On parle d’elle comme d’une «femme courage ». Elle suscite l’admiration de tout le monde. «J’admire beaucoup le courage de Mama Elykia qui se réveille chaque jour Á  cinq heures du matin pour réceptionner elle-même les pains livrés par un véhicule. Je n’ai pas son courage. Elle est vraiment une bosseuse » reconnaît Brigitte Bireta, sa voisine de parcelle de droite.

Pour sa part, le curé de la paroisse catholique du quartier qui lui a remis une machine Á  coudre lui ayant permis d’apprendre la couture, estime «qu’avec ses 60 millions d’habitants, si la RDC avait 10 millions des femmes du genre de Mama Elykia , Á  elles seules, les Congolaises auraient sauvé ce pays, car, par leur travail, leur seule volonté d’agir, elles seraient en mesure de développer la RDC ».

«Moi, je l’appelle la Femme aux mille projets car elle projette de réaliser beaucoup de grands projets dans sa vie et dans le monde des affaires. Cette femme a un bel avenir devant elle. C’est la raison pour laquelle, je me suis résolu Á  lui apprendre le français qu’elle maîtrise déjÁ  bien », indique Victor Mayombe, son maître d’alphabétisation.

Marie-Louise Angenga se dit triste de voir que les autres personnes vivant avec un handicap se livrent Á  la mendicité au lieu de tirer profit de leurs membres valides pour gagner leur vie.
«Je suis handicapée physique et non mentale. Je n’ai pas de jambes mais j’ai quand même des bras valides que j’exploite. Je regrette beaucoup de voir certaines personnes ayant un petit handicap se livrer Á  la mendicité au lieu d’apprendre un métier tel que la cordonnerie ou la couture. Des métiers qui ne les obligent pas Á  effectuer des déplacements. Je condamne leur manière de sillonner Á  longueur de journées, les magasins des Ouest Africains, des Indopakistanais, des Chinois et autres commerçants Congolais, pour aller quémander l’aumône. Ils ne veulent pas apprendre Á  pêcher, ils veulent qu’on leur donne du poisson tous les jours. A cette allure, ils ne se développeront jamais. Ils resteront toujours pauvres. Ceux qui se présentent chez moi en quête d’aumône, je leur demande de suivre mon exemple et de se battre pour gagner leur vie », conclut «Mama Elykia », une femme qui malgré son handicap, a refusé la mendicité et n’a compté que sur ses propres forces.

Urbain Saka-Saka Sakwe est journaliste en République Démocratique du Congo. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

 


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