Les croyances ancestrales brisent la vie de plusieurs Congolaises épileptiques Á  Kinshasa


Date: June 19, 2010
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Cette discrimination se vit même dans la maladie. A Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC), de plus en plus des femmes épileptiques sont abandonnées par leurs époux qui préfèrent croire au mauvais sort plutôt que de croire en la médecine moderne. Cette tendance est en hausse.

« Nous comptons Á  ce jour dans le centre de traitement mental de Kinshasa près de 130 femmes qui ont été abandonnées par leurs maris et dont le seul péché est d’être épileptique », raconte le Dr Robert Niati, spécialiste en santé mentale et directeur de ce centre.

L’épilepsie, explique-t-il, est une «maladie neurologique qui se manifeste par une répétition de crises convulsives sans fièvre ».

Les maris fuyards avancent toutes sortes de raisons pour justifier leur «démission » face Á  leurs responsabilités familiales. «L’épilepsie est une maladie incurable qui exige beaucoup d’argent. Je suis un type pauvre. Je ne peux plus soutenir ma femme. Qu’elle rentre chez ses parents. Je ne crois pas en ces formules bibliques qui disent que l’on se marie pour le meilleur et pour le pire. Elles ne veulent rien dire », déclare intempestivement le mari d’une patiente épileptique en présence du Dr. Niati.

« Je ne peux plus vivre avec une femme qui est menacée en permanence par une mort subite. Aujourd’hui, elle a eu une crise au bord d’une rivière alors qu’elle avait été y puiser de l’eau. Et heureusement que c’était en présence de gens car autrement, elle se serait noyée », raconte Fabien, le mari d’une autre femme épileptique.

« Beaucoup de maris ne viennent plus ici. Et ces femmes comptent maintenant sur leurs familles qui s’occupent d’elles, sauf quelques exceptions », souligne le médecin.

« Si je pense Á  mon passé, j’aurais de nouvelles crises », dit Pauline Nkusia, les larmes aux yeux. Cette jeune femme de 43 ans, vient de Matadi, capitale provinciale du Bas-Congo qui se trouve Á  365 kilomètres Á  l’ouest de Kinshasa. Son mari l’a quittée il y a deux mois avec quatre enfants sur les bras et ce, dès qu’elle a commencé Á  développer l’épilepsie. Elle vit maintenant chez ses parents Á  Kinshasa et passe régulièrement au centre pour des soins en ambulatoire. Ne parvenant pas Á  expliquer ce qui lui arrive, elle met cela sur le compte de l’occulte. «Cette maladie a brisé mon mariage. C’est ma tante paternelle qui m’a ensorcelée par jalousie », raconte-t-elle tristement.

Chantal Pika, une autre jeune femme épileptique de 27 ans, rencontrée également au centre, raconte son odyssée: «Mon mari et moi vivions heureux avec nos deux enfants. En avril 2009, j’ai eu une crise d’épilepsie dans la cuisine. Brusquement prise de vertige, je suis tombée sur la plaque chauffante du réchaud et j’ai été complètement défigurée. Après une longue hospitalisation, mon mari m’a ramenée chez mes parents. Pour lui, j’étais ensorcelée par ma famille.

Elle a maintenant un visage boursouflé et laid. Elle n’est plus la femme que j’ai connue. Allez arranger vos affaires entre vous, a dit mon mari Á  mes parents. Depuis, il a effectivement disparu. J’apprends même qu’il aurait déjÁ  pris une autre femme et changé de maison ».

« Mon père a dépensé tout son argent pour me faire soigner. Nous avons fait le tour des praticiens traditionnels mais en vain », explique, quant Á  elle, Marie-Claire Boote, une femme de 47 ans, mère de cinq enfants, qui souffre d’épilepsie depuis l’an 2000. A la suite de ses crises successives, son mari l’a également quittée. «Le plus dur pour moi », dit-elle, «c’est de voir mes enfants ne plus aller Á  l’école », s’apitoie la pauvre femme, les yeux remplis de larmes.

«De tels cas pitoyables sont légion Á  travers le pays et face Á  eux, nous sommes impuissants. Les droits de la femme sont violés et bafoués Á  longueur de journée, au nez et Á  la barbe du gouvernement », déclare de guerre lasse le Dr. Niati, qui note, par ailleurs que la femme est Á  la merci de l’homme qui en dispose comme il veut.

En RDC où les croyances et la coutume sont très enracinées, la po ¬pulation perçoit l’épilepsie comme une maladie mys ¬térieuse due Á  une posses ¬sion démoniaque ou Á  une initiation Á  la sorcellerie. Raison pour laquelle, pour soi ¬gner les épilepti ¬ques, la plupart des familles recourent aux praticiens traditionnels ou aux sectes reli ¬gieuses plutôt que d’aller dans les hôpitaux.

Selon un praticien traditionnel moderne, Robert Kabeya, «70 % des cas d’épilepsie sont d’origine surnaturelle », alors que le représentant spirituel d’une église locale dite de réveil dénommée «Association confessionnelle Kintuadi » (ACK), Menga Menga, soutient que « cette maladie est un mauvais sort que les mauvais esprits jettent sur les hommes ».

En 2009, l’ACK a accueilli plus de 6000 épileptiques, dont environ 4000 femmes dans son centre d’inter ¬nement au nord de Kinshasa. LÁ , les patients sont soignés avec des tisanes qui sont parfois mélangées aux écorces de manguier «lorsque la cause de la maladie est naturelle ». En cas de sorcellerie, poursuit Menga Menga, le traitement est différent. «Des cérémonies de délivrance sont or ¬ganisées pour chasser le mauvais esprit par des pu-rifications avec lavements et purges Á  l’eau bénite, associées aux tisanes ».

Forts de ces croyances, les praticiens traditionnels et les églises de réveil prétendent être les seuls capables de guérir l’epilepsie en RDC. Ils attirent des milliers de malades.

De nombreux interdits sont alors imposés Á  ces derniers, notamment, «ne pas regarder un cadavre, ni con ¬templer l’eau ou le feu. Ne pas manger le poulet ou la volaille ». Les crises convulsives provoquées par l’épilepsie peuvent se comparer Á  l’agonie du poulet, d’où l’appellation en lingala, une des langues nationales, de «maladi ya ndeke » qui signifie la «maladie de l’oiseau ». D’après ces croyances ancestrales, ceux qui n’observent pas ces interdits s’exposent Á  la mort ou au retour des crises.

«Il y a des cas difficiles qui nous échappent », avoue, en effet, Menga Menga. Chose que reconnaît également Matala Muanda, un autre chef spirituel, qui serait également rompu Á  l’art de soigner les épileptiques. Il explique que souvent, « le démon revient pour posséder les malades. Du coup, les crises repren ¬nent et nous leur recom ¬mandons alors de s’at ¬tacher Á  Dieu et de bannir toute distraction car le Malin est rusé ».

Toutes ces croyances coutumières qui n’ont plus leur raison d’être, empêchent les épileptiques de se diriger vers les hôpitaux pour y recevoir des soins appropriés. «Les épileptiques peuvent bel et bien être traités par la mé ¬decine moderne, même si le traitement est long », affirme le Dr Niati.

C’est ce que confie une patiente. «Le plus difficile est d’aller au bout du traitement. Le médecin m’a prescrit des médicaments et je me portais bien quand je les prenais. Mais quand j’arrêtais, les crises recommençaient », reconnaît-elle.

Le traitement médicamenteux existe donc. Il suffit de mettre de côté ces croyances ancestrales qui se révèlent discriminatoires Á  l’égard des femmes et de croire en la médecine moderne.

Urbain Saka Saka Sakwe est journaliste en République Démocratique du Congo. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

 


One thought on “Les croyances ancestrales brisent la vie de plusieurs Congolaises épileptiques Á  Kinshasa”

Sabrina Diumu says:

Je me nome sabrina enpharmaco on nous a appris que mes produits moderne provienne de des la nature pourquoi today on interdit ma medecine traditionem

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