Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication: protéger les Congolaises de ses dérives


Date: January 12, 2010
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Ce qui est sÁ»r, c’est que tout le monde a vu ses ébats sexuels avec un homme. Ces images d’une durée de plus de cinq minutes, ont circulé dans tout Kinshasa de téléphone Á  téléphone, de téléphone Á  ordinateur portable et de lÁ  Á  des clés USB et ainsi de suite.

Ces images n’étaient pas les premières du genre Á  circuler dans la capitale de la République Démocratique du Congo (RDC). Mais celles-lÁ  ont pris une telle ampleur qu’on leur a donné un nom, Á  savoir «l’affaire Bluetooth ». La panique et la méfiance se sont alors installées dans l’esprit des Kinoises qui, en plus d’être des actrices involontaires d’enregistrements improvisés, sont, dans certains cas, obligées de visionner ces images envoyées dans leurs boîtes électroniques, sans qu’elles n’aient aucun contrôle dessus.

La Kinoise Afa Mbaki a commencé par recevoir des messages gentils et des proverbes dans sa boîte électronique et sur son téléphone portable. Ensuite, elle a été choquée par les images obscènes qu’elle a découvertes dans sa boîte, sans parler de celles qu’on lui envoie par téléphone, sans que le sujet n’en soit précisé. «Ce genre de messages me met mal Á  l’aise. Je vis avec mes frères et mes sÅ“urs et il arrive qu’ils manipulent mon téléphone. Vous imaginez leurs réactions s’ils tombaient sur ces messages Á  caractère pornographique! »

Pas de quartier donc, disent certaines de ces jeunes femmes qui refusent alors de relayer ces messages Á  d’autres. C’est le cas de Nadia Kapinga. «Quand je vois ce genre de méls, je ne me donne même pas la peine de les lire dans leur intégralité. Je les efface. Pour moi, pas question de les faire suivre. Je me demande comment on peut rendre public des images aussi privées, sans l’aval de la principale concernée. C’est tout simplement une atteinte Á  la pudeur et Á  la dignité de la femme! » s’indigne-t-elle.

Pour Carine Ebanga, activiste des droits humains, dont ceux de la femme, c’est «une honte, une source d’indignation et même d’énervement. Je n’accepte pas qu’on me les envoie. Malheureusement, si ce sont des méls, ils passent tout de même Á  travers les mailles du filet. Pour moi, en plus d’une atteinte Á  la pudeur, c’est un manque total de respect envers la personne. Il faut aussi savoir que le montage numérique existe. J’ai toujours tendance Á  défendre les victimes ».

Défendre ces victimes face Á  l’intrusion dans leur vie privée par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), c’est possible. Si on peut exiger de connaître le contenu des images envoyées par Bluetooth d’un téléphone Á  un autre, il est plus difficile de contrôler celles qui arrivent par MMS ou par Internet.

La seule option en ce qui concerne l’Internet, c’est celle de bloquer les adresses qui envoient régulièrement des images obscènes. Le vote et la promulgation d’une loi spécifique pourrait protéger les Congolaises. Mais jusqu’Á  l’heure, elles doivent se contenter du Code Pénal pour punir leurs harceleurs.

Certaines organisations non-gouvernementales (ONG) luttent pour un contenu contrôlé des données sur Internet. C’est le cas de l’Association pour le Progrès de la Communication (APC).

En RDC, cette association travaille uniquement avec certaines ONG partenaires pour analyser le problème et former les femmes Á  l’usage des technologies de l’information et de la communication (TIC), bref faire publiquement état de la situation pour tenter de faire bouger les choses dans le sens voulu.

L’APC a récemment participé au 4ème Forum sur la gouvernance de l’Internet, un dialogue stratégique multipartite, né de la deuxième phase du Sommet Mondial sur la Société de l’Information.

Et justement, l’une des recommandations de l’un des ateliers de ce forum a été que “le contenu préjudiciable” et la “protection” soient au cÅ“ur des débats sur la régulation des contenus, que ce soit au Forum sur la gouvernance de l’Internet que dans les politiques des TIC nationales et régionales.

Alphonse Ntita, de la cellule NTIC au ministère congolais des Postes, Téléphones et Télécommunications, pense que la RDC a réellement besoin d’une loi sur ces violences qui passent justement par les NTIC. Mais vu que le pays en est encore Á  choisir quelle politique qui définirait le mieux ce secteur, on est encore loin du but.

Il ajoute qu’il faudrait un lobbying important et une implication du pouvoir législatif pour obtenir une nouvelle loi sur les violences par le biais des NTIC, comme cela a été le cas pour les nouvelles lois sur les violences sexuelles de 2006.

Mila Kimbuini Paulo est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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