Photojournalisme : Les Mauriciennes s’y mettent aussi !


Date: December 4, 2009
  • SHARE:

Photojournalisme : Les Mauriciennes s’y mettent aussi !

Par Léon Frédéric

La presse mauricienne compte très peu de femmes photojournalistes. Cependant, comme Raginee Panchoo et Marjoreland Pothiah, celles qui exercent ce métier se battent au quotidien pour prouver quelles sont toutes aussi dignes de cette profession jusqu’ici pratiquée presque exclusivement par des hommes.

Raginee Panchoo a été tour Á  tour vendeuse, apprentie bijoutière et même pompiste avant de démarrer sa carrière en tant que photographe de presse. «J’ai toujours été fascinée par le monde de la photographie. Cette passion m’a amenée Á  suivre une formation d’une année auprès de Jaffar Soobah, un photographe qu’on ne présente plus Á  Maurice. Après quoi, j’ai également perfectionné mes connaissances au sein du Cercle des Artistes Photographes, une association mauricienne affilée Á  la Fédération Internationale de l’Art Photographique. »

Sa chance d’intégrer le monde de la presse est arrivée avec l’entrée en opération du quotidien «Le Matinal » en 2004. Cependant, cela ne s’est pas fait sans difficultés. «Ce n’était pas du tout facile de convaincre mes parents et mon père en particulier, de me laisser travailler dans un journal et qui plus est un quotidien. Pour lui, c’était inconcevable que sa fille unique aille travailler dans un milieu aussi masculin que le photojournalisme. Mais, j’ai su trouver les arguments qu’il fallait pour lui faire changer d’avis. »

Embauchée comme apprentie photographe, la jeune Raginee se heurte Á  une autre réalité: l’ego démesuré de ses collègues et de ses confrères photographes. «A part Brahms Mahadia, un ami qui est aussi photographe de presse, personne ne m’a fait de cadeau quand j’ai débuté. Mes collègues et mes confrères ne voyaient en moi qu’une gamine avec un appareil photo. J’ai galéré pendant très longtemps pour me faire accepter et surtout respecter par mes pairs. A chaque fois que je couvrais une fonction, je me faisais un point d’honneur de rapporter les meilleures photos. Et je suis heureuse de pouvoir dire aujourd’hui que mes sacrifices et ma débrouillardise ont fini par payer. A présent, cela fait quatre ans que j’exerce ce qui est Á  mon avis le plus beau métier du monde ».

Ce métier n’a pas que des avantages, reconnaît-elle. «Oui, c’est vrai que je n’ai aucune vie sociale. De plus, c’est vrai que j’ai été pendant longtemps sous payée en comparaison avec mes collègues hommes. De plus, le public a failli me passer Á  tabac lors des législatives de 2005. Mais, malgré cela, je ne me vois pas changer de métier, même si demain je me marie ou que je deviens mère de famille. Le photojournalisme, c’est ma vie et rien ne pourra me pousser Á  y renoncer. »

Récemment agressée, Marjoreland Pothiah ne se voit pas non plus faire autre chose que d’appuyer sur le déclencheur de son appareil photo pour raconter l’histoire de son pays en image. «Il y a Á  peine quelques mois, j’ai reçu un coup de poing en plein visage alors que j’étais dans l’exercice de mes fonctions. Cela m’a d’ailleurs valu quelques jours d’hospitalisation. Mais, malgré tout, je n’ai jamais pensé Á  ranger mon appareil photo pour gagner ma vie autrement. Ce sont lÁ  les risques du métier et je savais exactement où je mettais les pieds quand j’ai intégré l’équipe de Le Défi Plus il y a quatre ans comme apprentie photographe. »

Tout comme Raginee, Marjeroland Á  également éprouvé toutes les peines du monde avant de se faire accepter au sein de la profession. «Mes débuts dans le photojournalisme ont été des plus pénibles Á  vivre. C’était encore plus difficile en tant que femme, parce qu’il a sans cesse fallu prouver Á  l’ensemble de la profession que j’avais non seulement le talent, mais également la volonté d’exercer ce métier aussi bien, voire mieux que mes confrères masculins. Le parcours a été Á  fois long et rude. Mais j’ai fini par y arriver par la force de ma détermination, » raconte cette photographe qui a fait ses débuts au sein d’une agence de publicité.

Travaillant aujourd’hui pour le compte le groupe de presse Yukondale, Raginee Panchoo souhaiterait voir encore plus de femmes dans la profession. «J’encouragerai vivement les femmes Á  exercer ce métier certes difficile mais passionnant. De plus, quand on aime vraiment une profession comme j’aime la mienne, rien ne paraît insurmontable. Ni les horaires contraignants auxquels je suis constamment confrontée et encore moins les commentaires qui pleuvent quand je suis sur le terrain. Rien de tout cela n’égale la satisfaction que je ressens quand je fais des photos. Cette satisfaction-lÁ , n’importe quelle femme peut également la ressentir si elle souhaite de tout cÅ“ur faire du photojournalisme son métier et sa passion. »

Léon Frédéric est journaliste Á  Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles Á  l’actualité quotidienne.

 

 

 


Comment on Photojournalisme : Les Mauriciennes s’y mettent aussi !

Your email address will not be published. Required fields are marked *